L’art de lâcher prise Apprendre à laisser ses enfants grandir… sans culpabilité

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Ce soir, Sarah dépose enfin son sac, épuisée. Le salon ressemble à un champ de
bataille : crayons au sol, miettes sur le sol…
“Pourquoi c’est toujours la même histoire ?”
Elle voulait juste un moment serein. Mais ce soir… encore… le calme s’est volatilisé.
Sarah ferme les yeux une seconde, respire… et voilà que son fils éclate en sanglot
parce qu’il voulait ouvrir son yaourt… tout seul.
Elle retient son souffle, tente de garder une voix douce et puis la fatigue l’emporte…
et elle se met à crier… puis elle regrette. Encore une fois…
Sarah ne voulait pas être ce parent-là. Elle voulait transmettre la patience, la
confiance, la douceur. Mais entre le travail, les repas, les devoirs, les lessives, elle se
sent dépassée.
Et si le vrai défi n’était pas de tout contrôler, mais d’apprendre à lâcher prise ?
Tout bien faire. Tout anticiper. Tout comprendre, tout éviter.
On veut protéger nos enfants de leurs erreurs, de leurs pleurs, de leurs angoisses.
On croit leur éviter des souffrances, mais on leur enlève l’expérience.
Comme le soir où l’on refait leur sac d’école « juste pour être sûre ».
Ou le matin où l’on s’énerve pour des lacets mal faits, parce « vite ! on va être en
retard ».
Lâcher prise, ce n’est pas laisser tout faire. C’est leur laisser la place pour grandir :
tomber, se relever, essayer encore. Et leur dire : “Je crois en toi, même si tu rates.”
Quand nos peurs parlent plus fort que notre confiance…
En tant que parents, on fait face aux regards des autres, des réseaux, des “bons
conseils” (pas forcément sollicités d’ailleurs).
“Tu ne devrais pas lui donner de sucre.”
“Moi, le mien dormait déjà à trois mois.”
“Les écrans ? Jamais avant six ans !”
Et soudain, chaque geste devient un calcul. Chaque choix, une réflexion.
On veut bien faire, alors on contrôle.
Mais souvent, derrière ce besoin de maîtrise, se cache une peur : celle de ne pas être
un assez bon parent. De ne pas être à la hauteur.
Et plus on se sent coupable, plus on veut tout gérer.
Et plus on essaie de tout gérer, plus on s’épuise.
Le paradoxe, c’est que ce stress que l’on veut leur épargner… c’est eux qui le
ressentent le plus.
Lâcher prise, ce n’est pas renoncer à les guider. C’est apprendre à leur faire confiance
— et à se faire confiance.
C’est par exemple le laisser choisir ses vêtements, même si les couleurs ne “vont pas
ensemble” ; ou le laisser grimper à l’arbre du parc, même si on retient notre
respiration tout le long.
Quand le parent apprend à respirer
1. Respirer avant de réagir
Votre enfant renverse son verre de jus. Votre cœur s’emballe.
Avant de parler, inspirez. Avant de crier, expirez.
Et dites simplement : “Ce n’est pas grave, viens, on nettoie ensemble.”
Ce petit moment change tout. Et oui ! C’est difficile !
Mais votre cerveau régule celui de l’enfant (qui au passage est en grand chantier).
2. Nommer ce qu’on ressent
“Je suis fatiguée”, “Je suis frustrée”, “J’ai besoin d’une pause.”
Nos enfants apprennent bien plus ici, que de grands discours.
3. S’accorder du temps pour soi
Un café chaud.
Une chanson dans la voiture avant de rentrer.
Un quart d’heure de marche sans téléphone.
Ce n’est pas du luxe, c’est une nécessité.
Un parent apaisé, c’est une maison qui l’est aussi.
4. Accepter de ne pas tout réussir
Oui, il y aura des jours de cris, des repas ratés, des lessives oubliées.
Et ce n’est pas grave.
Parce que ce que nos enfants retiendront, ce n’est pas la perfection.
C’est la tendresse pendant la tempête.
Le mythe du parent zen
Non, vous n’avez pas à rester calme tout le temps.
Non, vous ne devez pas étouffer vos besoins sous prétexte de devoir « assurer sur
tous les plans ».
Non, vous n’êtes pas un mauvais parent parce que vous doutez, ou parce que vous
avez crié hier soir. Ce n’est pas un échec. C’est la vie.
L’essentiel, c’est de dire : “Je suis désolée, j’étais fatiguée. Ça t’a fait de la peine ?
Comment on pourrait faire la prochaine fois ?”
Ces mots-là valent bien plus que toutes les leçons de morale.
Ils apprennent à nos enfants la plus belle des compétences : la réparation.
Lâcher prise, ce n’est pas perdre le contrôle.
C’est cesser de vouloir être le parent parfait, pour redevenir le parent qui grandit.
Celui qui se trompe, s’excuse, rit, recommence…


Ilana Levy
Madrehat Kala

Animatrice d’ateliers dédiés à la parentalité.

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