Et si le mikvé redevenait un lieu de paix, de beauté et de simplicité ?
- 20/11/2025
C’est le pari de Hannah Miriam, co-fondatrice du site mikveden.fr, lancé avec son mari à la suite de constats personnels sur les difficultés que rencontrent de nombreuses femmes autour de cette mitsva. Attente, gêne, manque d’informations ou de confidentialité… autant de freins qui peuvent altérer l’expérience spirituelle et intime du mikvé.
Avec Mikveden, ils ont imaginé une plateforme moderne, respectueuse et intuitive, pensée pour alléger les démarches, faciliter les réservations et redonner à chaque femme le goût de ce moment sacré. Rencontre avec une jeune femme engagée, discrète mais déterminée, qui œuvre pour une cause qui nous touche toutes — de près ou de loin.
Comment vous avez eu l’idée de ce projet ? Comment est né Mikvé Eden ?
Le site Mikveden.fr a été lancé avec l’aide d’Hachem publiquement l’été 2024, après plus d’un an et demi de développement. L’idée est née d’un vécu personnel : depuis mes débuts en tant que jeune mariée, l’attente au mikvé m’a toujours marquée. Dans les quartiers à forte communauté, les délais peuvent être longs, ce qui devient stressant lorsqu’on a des enfants à la maison ou qu’on vient d’accoucher. Cette attente, me donnait l’impression d’être chez le médecin — ce qui altérait la magie de ce moment si intime. Je gardais cela pour moi jusqu’au jour où, lors d’une discussion avec mon mari, un Avreh de son Kollel lui a confié que sa femme vivait aussi des expériences difficiles au mikvé. J’ai compris que je n’étais pas seule… Mais cette conversation a été un déclic. Lorsque les premiers mikvaot ont commencé à proposer des rendez-vous (à la période du Covid), nous y avons vu une opportunité pour du changement.
Mon mari, a eu l’idée de créer une plateforme de réservation dédiée aux mikvaot, dans l’esprit de Doctolib. Après des années de réflexion, retours d’expériences et conseils avec des Rabbanim et Balaniot, il a commencé par créer un annuaire en ligne, en recensant tous les Mikvé de France après les avoir contactés pour vérifier leurs infos — un travail colossal, car les listes existantes étaient souvent obsolètes. Aujourd’hui, nous avons référencé près de cent cinquante mikvaot, avec des contacts mis à jour régulièrement.
Au départ, c’était surtout son projet. Mais tout a changé quand j’ai suivi une série de cours sur le shalom bayit avec la rabbanite Sarah Mimran. Ces chiourim m’ont donné une énergie incroyable. À la fin, elle a proposé une formation de madrikhat kalla, que j’ai suivie avec enthousiasme. Ce fut un tournant : j’ai dit à mon mari qu’il fallait absolument développer le potentiel de Mikveden. En parlant autour de moi, j’ai réalisé que beaucoup de femmes avaient des expériences similaires.
Certaines étaient gênées par les prises de rendez-vous par SMS, où leur nom et la date de la tevila circulaient librement. D’autres s’inquiétaient de l’accès aux historiques par toutes les balaniot (et plus…).Il n’y avait plus de doutes, il fallait agir.
Quand le projet a-t-il été présenté au public pour la première fois, et quelles ont été les réactions ?
A l’été 2024, nous avons commencé à partager le site Mikveden.fr avec la liste des mikvaot. Mes amies ont relayé l’information, et le bouche-à-oreille a fait son œuvre Barouh Hachem. Mon mari a constaté un trafic croissant sur le site et un grand enthousiasme de certains Mikvé et Balaniot, ce qui nous a motivés à aller plus loin. Depuis que je suis madrikha, j’ai entendu tellement d’histoires difficiles autour du mikvé. Cela m’a donné une motivation profonde : rendre cette mitsva plus agréable, plus accessible, et encourager les femmes à y aller avec joie.
À qui s’adresse Mikvé Eden ? Quel est le profil des femmes qui utilisent la plateforme ?
Mikveden.fr s’adresse à toutes les femmes juives, pratiquantes ou en chemin. Le mikvé n’est pas réservé aux religieuses, et on y croise des femmes de tous horizons. Le site permet de découvrir les mikvaot, plus magnifiques qu’on l’imagine, et de choisir celui qui nous correspond par géolocalisation ou par ville/code postal. Les photos permettent de se projeter, de se motiver…
Le fait que le site circule dans la communauté permet à de nombreuses femmes de découvrir ou redécouvrir la taharat hamishpaha, souvent avec un regard neuf.
Quelles fonctionnalités avez-vous prévues pour ce projet, et comment se déroule le parcours utilisateur ?
Nous avons réfléchi à toutes les problématiques liées au mikvé pour proposer des solutions concrètes. L’utilisatrice peut choisir entre baignoire ou douche selon les mikvaot (selon si elle souhaite se préparer sur place) ou Mikvé Kallah, ce qui permet d’adapter les créneaux et de limiter l’attente. La réservation se fait sans création de compte : il suffit d’indiquer un nom ou surnom (pour plus de confidentialité), une adresse mail uniquement pour recevoir la confirmation et un téléphone pour la Balanit en cas de besoin. Le paiement peut se faire en ligne ou sur place, selon les préférences. Il est également possible de réserver des services proposés par le Mikvé, comme la mise à disposition d’un peignoir, serviette, brosse à dent, shampoing etc…
Ou encore laisser un message à la Balanit pour une demande spécifique.
L’utilisatrice trouvera sur la page de chaque Mikvé, les horaires du lever et du coucher du soleil localisés par rapport au Mikvé, pour lui permettre de faire ses vérifications (Bedikot) à temps. Et bien sûr, les horaires d’ouvertures, les informations importantes et équipement de chaque Mikvé.
Elle pourra également effectuer en ligne, le paiement d’un Mikvé ayant eu lieu un jour de chabbat ou de fête, ou sur place si elle a oublié sa monnaie par exemple, ou soutenir son Mikvé par un don ponctuel.
Les mikvaot ont-ils facilement accepté de collaborer ? Comment s’est passée la mise en place avec les balaniot ? Y a-t-il eu des réticences ou, au contraire, un bel accueil ?
Au début, malgré l’enthousiasme de certains Mikvé, les retours étaient mitigés. Certains mikvé refusaient, disant ne pas être concernés. Cela m’a découragée. Mais nous n’avons pas lâchés. Nous avons réussi avec l’aide d’Hachem à faire adopter le changement dans quelques Mikvé qui nous ont fait confiance. Et Barouh Hachem, leurs retours étaient très positifs, tant du côté des utilisatrices que des balaniot, qui trouvaient la gestion simplifiée. Depuis, le nombre de mikvaot partenaires a augmenté. Nous avons ajouté des visuels inspirants et des fonctionnalités simplifiées pour rendre l’expérience encore plus agréable.
Un Mikvé à récemment rejoint la plateforme en proposant la réservation en ligne et a été débordé dès la première semaine, avec un nombre de réservations bien supérieur à l’habitude. L’objectif n’est pas de remplacer les appels téléphoniques, mais d’offrir une alternative accessible à toute heure, dans le respect des habitudes de chacune, et ainsi ouvrir une nouvelle porte…
Avez-vous reçu des retours marquants de la part des utilisatrices ? Des témoignages qui vous ont touchée ?
Cet été, une touriste américaine m’a contactée via le site. Elle était paniquée : seule à Paris, elle ne comprenait pas le répondeur en français du mikvé qu’elle avait choisi. J’ai fait l’intermédiaire entre elle et la balanit, et nous sommes restées en contact jusqu’à ce qu’elle puisse se tremper sereinement. Ce genre d’anecdote me touche profondément.
Côté mikvé et balanit, comment fonctionne la plateforme ?
Une interface épurée, pensée pour faciliter leur travail. Elles peuvent activer ou désactiver des créneaux selon les besoins, créer des comptes distincts pour chaque balanit et par jour de travail, ajouter manuellement des rendez-vous pris par téléphone, ou encore proposer des réductions et des services optionnels. Elles ont aussi la possibilité de gérer les jours de fermetures pour fêtes ou vacance, ou encore ajouter des créneaux automatiques les jours d’affluences.
Un système intelligent et autonome une fois paramétré, dans l’objectif de simplifier la gestion du Mikvé et leur permettre de se concentrer sur leurs tâches essentielles.
Vous avez récemment organisé une journée spéciale autour de Rachel Iménou. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quel était le programme de cette journée ?
À l’occasion de la Hiloula de Rahel Imenou, nous avons proposé une journée d’étude en ligne dédiée à la taharat hamishpaha. Une première !! Un évènement unique exclusivement féminin.
Nous avons réuni des intervenantes de tous horizons : des rabbaniot, des coachs, des madrihot, des balaniot, des psychologues… Plus d’une trentaine de femmes du monde entier ont ainsi partagé leurs réflexions, chacune à sa manière, à travers des formats variés : texte, audio ou vidéo. Cette diversité a permis à chacune de trouver un contenu qui lui parlait.
Une expérience ludique et pédagogique pour encourager à en découvrir d’avantage : un nouveau contenu était débloqué toutes les demi-heures, de 8h à minuit. À la fin de chaque intervention, on pouvait cliquer sur “lu”, ce qui alimentait une barre de progression — un petit défi qui a beaucoup plu. Chaque participante connectée recevait aussi un ticket de tombola virtuelle pour un magnifique lot, dont le tirage a eu lieu à minuit.
Le dernier contenu publié était une lettre de hizouk écrite par la Rabbanit Danielle Sitruk, adressée à toutes les femmes. Un message fort et doux à la fois, qui a touché beaucoup de cœurs et clôturé la journée avec profondeur. Barouh Hachem, le format et les contenus ont été énormément appréciés comme en témoignent les nombreux messages reçus. Cela est très encourageant et nous donnent vraiment envie d’en faire plus et d’aller encore plus loin Beezrat Hachem.
Quelle est votre vision pour l’avenir de Mikvé Eden ? Avez-vous d’autres idées pour développer ce projet ?
Nous avons plusieurs projets en cours pour faire évoluer Mikveden. Nous avons déjà ajouté des tefilot sur le site — celles à dire avant et après la tevila, mais aussi des prières pour le shalom bayit ou pour les enfants.
Nous mettons en ligne régulièrement, des inspirations pour (re)découvrir toute la beauté du Mikvé, de la femme juive et du couple. Nous venons également de mettre en ligne un annuaire des Rabbanim pouvant répondre aux questions de Nida. D’autres rubriques et fonctionnalités sont en développement, en concertation avec des Rabbanim pour respecter les aspects techniques et halakhiques. Mon mari échange régulièrement avec eux pour que chaque outil soit pertinent et conforme.
Et bien sûr, nous prévoyons d’organiser d’autres évènements uniques à thème avec de nouveaux formats. Restez connectées !
Quel message souhaites-tu transmettre aux lectrices de Shalva, et aux femmes de manière générale ?
Pour moi, le mikvé est l’une des plus belles mitsvot. Elle touche à la fois la femme et les générations futures. C’est un moment pour soi, à vivre dans la sérénité et la simplicité. Aujourd’hui, Hachem nous donne des outils technologiques. À nous de les mettre au service de la Torah, pour offrir à chaque femme un accès facile et agréable à cette mitsva. Mikveden, c’est une invitation à retrouver la joie, la douceur et la beauté de ce moment. Un petit « punch » pour toutes les femmes, à leur rythme, à leur niveau…
À travers Mikveden.fr, Hannah Miriam et son mari ont donné naissance à un projet innovant et profondément porteur de sens. Pensée au service des femmes juives, cette initiative accompagne avec délicatesse celles qui, par le mikvé et la taharat hamishpaha, assurent l’avenir du klal Israël. Que vous soyez balanit ou simplement une femme souhaitant vivre cette mitsva dans la sérénité, je vous invite à découvrir le site mikveden.fr — une porte ouverte vers une expérience plus douce, plus intime, et pleinement respectée.




