Histoire à suivre ... partie 3

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Résumé de la partie 2 : 

Avigaïl a accepté une offre d’emploi avec un poste haut placé dont elle rêvait mais beaucoup de contraintes… 

Partie 3 
Ce vendredi après-midi, je déboulai à la maison exténuée et stressée.
Même si j’avais déjà préparé mes repas de Chabbat, il restait encore les douches à donner, le ménage à terminer…
Ah, et aussi ce dessert que je rêvais de faire depuis le début de la semaine, et que je n’aurais sûrement une fois de plus pas le temps de préparer.
Depuis le début de ma période d’essai, déjà un mois, on achetait les Halots et quelques salades, car je n’avais ni l’énergie ni le temps de faire davantage.
Mais ce qui me pesait le plus, ce n’étaient pas les repas moins copieux que d’habitude, mais ma fatigue.
Le Chabbat, c’était le seul moment où je prenais enfin le temps de m’asseoir avec les enfants, de jouer avec eux aux jeux auxquels je leur demandais de jouer seuls toute la semaine.
Et surtout, vendredi soir, après avoir allumé les Nérot, on s’installait tous ensemble dans le fauteuil. Je leur racontais des histoires, je leur posais des questions sur leur semaine…
Maintenant, rester éveillée jusqu’à la fin du repas devenait difficile, et il m’arrivait parfois de m’endormir sur le canapé au lieu de jouer avec eux.
Que veux-tu, Avigaïl, pensai-je, c’est le prix à payer pour travailler dans un haut poste comme tu le voulais.
Le pire, dans tout ça, c’est que même avec l’argent en plus que mon travail apportait, on ne se sentait pas plus détendus.
Entre les dépenses supplémentaires pour les nounous, les femmes de ménage, et tout le reste… Au fond, on se disait qu’on en profiterait pendant les grandes vacances, quand on aurait le temps.
Mais finalement, gagner plus d’argent pour n’avoir aucune minute à soi n’apportait vraiment pas plus de bonheur.
Je me promis de me poser sérieusement pour réfléchir à tout cela.
Ce fut lundi, quand nous reçûmes un message annonçant la date de la fête de hannouka des enfants, que je compris que le choix que j’avais fait n’était peut-être pas le bon pour ma famille.
Le spectacle tombait exactement le même jour qu’une réunion cruciale pour mon équipe.
Si j’annonçais mon absence, ma période d’essai risquait fort d’y passer.
Mais rater le spectacle de mes enfants ? C’était inconcevable.


Je pris ma tête entre mes mains, soufflai un grand coup, puis composai le numéro de mon amie.
— Annael… Je crois que je vais devoir mettre fin à ma période d’essai.
La vérité, c’est qu’elle n’avait pas vraiment été enthousiaste lorsque j’avais accepté ce poste. Elle était mère au foyer dans l’âme.
Sans être autant dévouée qu’elle, je m’étais toujours imaginée comme une mère présente, et je voulais le rester.
— Mais pourquoi ?! s’exclama-t-elle, surprise. Tout ça pour arrêter si tôt ?
Quand je lui expliquai que la fête des enfants tombait le jour où il m’était presque impossible d’être absente, elle me dit :
— Ne sois pas si pessimiste. Demande-leur. On ne sait jamais…
Je pris mon courage à deux mains et envoyai un mail à mon manager, en toute franchise.
Quelques minutes plus tard, il répondit :

Bonjour Avigaïl,
Exceptionnellement, vous pouvez vous absenter pour cette fois-ci.
Si vous pensez que cela sera récurrent, nous ne pourrons malheureusement pas continuer votre période d’essai.
Bonne journée,
Cordialement,
Fabrice

Je réalisai que j’avais retenu mon souffle pendant toute la lecture. Je soufflai de soulagement… mais un soulagement incomplet.
Est-ce que je voulais vivre ce stress à chaque fois ?
M’engager dans une voie qui allait me mettre en conflit permanent entre travail et famille ?
Je pensai à une amie, très douée et diplômée en informatique, qui avait cherché du travail pendant longtemps sans succès parce qu’elle ne trouvait pas de télétravail à plein temps ou d’horaires acceptables. Et elle n’était sûrement pas la seule : combien de femmes vivaient la même chose ?
Et si j’ouvrais une agence de services informatiques adaptée aux femmes juives, avec leurs horaires particuliers, leurs responsabilités familiales ?
On ne travaillait pas moins bien. On avait juste besoin de flexibilité.
L’idée germa peu à peu toute la journée, et une certaine euphorie s’empara de moi.
J’imaginais un bureau entièrement féminin, fermé le vendredi après-midi, terminé à 16h30… Des femmes brillantes, motivées, mais sans pression inutile, loin des contraintes du monde non-juif.
Un rêve.
J’appelai mon mari pour lui parler du projet.
Il rayonnait :
— Ma chérie, ce serait magnifique ! Je te sais capable. Si c’est ce que tu veux, fonce !
Je lui décrivis mon idée : une petite agence, des projets web modestes, des femmes intelligentes qui gardent une vraie place pour leur famille.
Je savais que c’était possible, avec des objectifs raisonnables.
Le lendemain matin, après une nuit calme, je répondis au mail de Fabrice :

Bonjour,
En effet, je n’ai pas mesuré les conséquences de ce poste.
Je préfère renoncer à cette opportunité pour me lancer dans un travail plus adapté pour moi.
Nous pouvons organiser une réunion avec l’équipe pour en discuter.
Cordialement,
Avigaïl
En fermant mon ordinateur après l’envoi du mail, j’ai senti une paix inhabituelle m’envahir.
Je ne savais pas exactement où cette nouvelle voie me mènerait, mais une chose était sûre : j’avais enfin choisi en accord avec moi-même.
Les semaines suivantes, l’idée de mon agence prenait forme petit à petit, et chaque étape me confirmait que j’avais fait le bon choix.
Je retrouvais du temps, de la sérénité, et surtout la joie de vivre pleinement avec ceux que j’aime.
Parfois, il suffit d’un pas de côté pour redécouvrir le chemin qui nous ressemble vraiment.

 

Guila