Héroïnes Silencieuses…
- 25/01/2026
Chevat arrive avec son seau de bénédictions, Amen !
En effet, le Mazal de ce mois est דלי, le seau.
Mais Chevat vient peut-être aussi nous ramener à nos priorités…
Le Bné Issakhar fait remarquer que Chevat (שבט) a la même valeur numérique que איש : l’homme…
Notons aussi que Chevat s’écrit comme chévet (tribu), et que דלי, le seau, comprend exactement les mêmes lettres que… ילד, l’enfant.
Mon conjoint. Mon enfant. Ma tribuJ : mes couronnes et mes priorités. Mon foyer : terreau de germination de ma grandeur.
Or, dans un monde devenu fou, notre perception des valeurs s’est (lentement et insidieusement mais sûrement) déplacée voire transformée, et ce que nous admirons et célébrons, ce que nous appelons « grandeur » a été entièrement redéfini :
« Il y a cent ans », écrit Rav Joey Haber qui a inspiré cet article, « un héros était quelqu’un qui consentait au sacrifice de soi, travaillait dur, vivait avec intégrité et incarnait de solides valeurs.
Aujourd’hui en 2026, un héros est souvent celui qui a le plus de followers, la voix la plus forte ou le plus de chaos autour de lui. Le bruit a remplacé la substance. L’attention a pris le dessus sur le caractère. Trop souvent, la grandeur se mesure à qui attire le plus de monde, qui occupe la plus grande scène, qui crie le plus fort, ou qui fait le don le plus médiatisé… »[1]
Ma chère sœur ! Rappelons avec force que dans le judaïsme, ce n’est PAS là que réside la véritable grandeur.
Oui, la grandeur vit dans les lieux discrets.
Avec la femme qui, chez elle, à l’abri des regards, tisse des liens d’amour avec son Créateur, peint des îlots de lumière autour de ses temps de prière, choisit des lectures et des images dignes de traverser les fenêtres de sa précieuse néchama (ses yeux), incarne sa dignité de princesse ambassadrice de Hachem et s’emploie à parfaire son caractère…
Avec l’épouse qui, sans fard et sans fanfare, s’active, oui, héroïquement, à construire ce nid douillet, ce havre de paix et de sérénité favorable à l’épanouissement de chacun, retient la colère et les remarques acerbes, distribue la chaleur et la lumière de ses sourires rayonnants (et adorésJ), de ses mots aimants et bienveillants…
Avec la maman qui, dans son foyer, élève courageusement ses enfants, s’assoit sur le bord du lit de l’un, lui raconte une histoire et l’apaise au coucher, offre une oreille attentive à l’autre et l’aide à lutter contre les défis de son quotidien, se lève au milieu de la nuit pour nourrir le bébé, s’arrache de son sommeil au petit matin pour préparer la journée, repasse du linge qui sera froissé ce soir, lave des assiettes qui se retrouveront si vite dans l’évier et pense avec amour à des menus qui seront engloutis en quelques minutes, sans même que les efforts d’aujourd’hui la dispensent de ceux de demain…
Qui songe à lui donner une médaille lorsqu’elle apaise les disputes ? Lorsqu’elle garde son calme quand le petit renverse son lait alors que c’est l’heure de courir à l’école, puis au travail ? Lorsqu’elle accueille son mari avec le sourire alors qu’elle a passé deux heures en voiture à cause de la neige ? Lorsqu’elle… manque parfois de patience et lève la voix mais… y repense et décide de se renforcer ?
N’est-ce pas elle, l’héroïne ?
Certainement !
Elle ne va jamais faire sensation, être en tendance ou se retrouver au centre des conversations, mais elle façonne des néchamot (la sienne comme celle de tous les siens) et cela est tellement plus grand que de se construire une audience !
Que dire de cette femme, qui n’aurait jamais imaginé être encore célibataire à son âge, et qui continue courageusement de s’accrocher à sa émouna ? Qui songe à lui donner une médaille lorsqu’elle protège sa… dignité, sa… foi et sa… joie ?
N’est-ce pas elle, l’héroïne ?
Certainement !
La persévérance silencieuse est la marque de l’héroïsme. Ne laissons pas le monde alentour, redéfinir notre vision !
2 février 2007, l’une de ces redoutables nuits d’hiver.
Arrachée de mon sommeil une première fois, je trouvais le petit Gabriel en pleurs et l’odeur nauséabonde qui se répandait dans la chambre me mit face à la réalité tant redoutée : la gastro !
Oui, on m’avait signalé que le virus circulait au Gan. Mais étais-je prête pour autant ?
Avec courage, je défis les draps ; avec amour je changeai mon petit tsadik ; avec fierté, je retournai me coucher.
Pas pour très longtemps… Car le même mal touchait à présent la jolie Naomi…
De nouveau, je fouillai l’armoire dans la pénombre à la recherche de linge et de draps propres. De nouveau, je luttai contre le sommeil, l’impatience et d’autres ennemis encore… De nouveau, j’embrassai ma princesse rafraichie, la berçai et fonçai vers mon lit.
Sauf que (l’avais-je oublié ?), la gastro est justement contagieuse et je dus bien vite accourir pour les autres aussi… Je n’en menai pas large… et vous passe les détails.
Soudain, peut-être pour masquer mon impuissance et me donner de la contenance, je pris une décision étrange : « Je ne retourne plus au lit ! J’attends au salon et plus personne ne pourra se targuer de me réveiller ! »
Et là, au cœur de cette nuit cauchemardesque, je fus à mon tour bercée par Hachem. Portée et inspirée par l’héroïne silencieuse du jour qui arrivait. La sève.
Car, oui, vous l’avez deviné : c’était la veille de Tou Bichevat.
Au matin, je pus partager ce poème avec mes chères élèves de Seconde.
Aujourd’hui, je l’offre à chacune de vous, avec toute mon affection car, au-delà de l’image de la sève, c’est à chacune de vous que je pense, avec tant d’admiration : Bravo à toutes nos héroïnes silencieuses !
[1] TorahAnytime, 20th Anniversary Shabbaton Edition (January 2, 2026), 6 (je traduis).
Rabbanit Sarah Mimran

