La Simha (joie) : éclat de rire ou murmure profond ? De la spontanéité à l’intériorité
- 17/02/2026
« Rira bien qui rira en Adar ! »
Adar, le mois qui célèbre la joie, Adar est enfin là !
Vous connaissez le célèbre adage de nos Sages : « Quand arrive le mois d’Adar, on redouble de joie. » (Talmud- Ta’anit 29a)
Dans la Parasha de Ki Tavo, Parasha des ma-lé-dic-tions (dont on ne doit pas prononcer le nom), il est marqué que celles-ci s’abattent sur nous “parce que tu n’as pas servi Hashem dans la joie et le bon coeur”(28: 47).
Ce verset effrayant mais aussi emblématique semble mettre en valeur la primauté de la joie -la Simha- dans notre Service Divin, car, aussitôt occultée, nous chutons dans un cercle infernal de dégringolade spirituelle et ses conséquences tragiques: les malé…
Vient alors cette question existentielle : Mais, comment acquiert-on cette joie si indispensable?
Revenons au texte de cette Parasha qui définit brillamment la Simha plus haut (Ki Tavo, 26: 11): “Tu te réjouiras de tout le bien qu’Hashem t’a donné”, c’est-à-dire que la Simha (joie) n’est pas le fou rire spontané, ni la joie aux éclats.
La Simha est cette réflexion intrinsèque, cet exercice de l’intellect qui vise à prendre la mesure de tout ce dont Hashem m’ a gratifiée, de tout ce dont il m’a dotée: ma richesse intérieure (je suis unique et extraordinaire, pleine de merveilleuses qualités avec seulement quelques réglages à faire ), ma richesse matérielle, ma famille, mon environnement, mes réussites socioprofessionnelles, bref ma vie…
D’ailleurs, le personnage principal de Pourim, la reine Esther, est décrite dans le texte de la Méguila par sa beauté physique à premier abord, « belle physiquement et belle d’apparence ». Le Maharal remarque que les initiales de cette expression forment le mot « Yatom : orpheline ». Il y a peut être un message subliminal profond caché ici dans la « MeguilatEsther », qui d’ailleurs veut dire : la révélation de ce qui est caché. Oui, Esther, c’est cette jeune fille orpheline de père et de mère, mais qui prend conscience, dans son épreuve, de son cadeau Divin : le don de la beauté. Elle est orpheline de son passé, mais elle est la mère de son destin. Elle va user de son intelligence féminine pour transformer sa beauté en un atout de séduction salvateur pour le peuple juif : pas la beauté pour la beauté mais la beauté pour faire perdurer son peuple en danger.
A l’inverse, le Rav Simha Bounem de Pshis’ha propose une autre lecture du verset rapporté précédemment: “Parce que tu n’as pas servi Hashem dans la joie et le bon coeur”, qu’il explique ainsi: tu n’as pas servi Hashem, et tu t’en es réjoui, avec légèreté et mépris.
La vraie Simha n’est pas une émotion à prendre à la légère, une sensation qui surgit ou disparaît, mais c’est plutôt l’exercice de ‘l’état d’esprit induit par mon état des lieux’. Ce n’est pas un hasard si la racine du mot Simha peut aussi être lue comme “Sham Moa’h” : “là où prise de conscience il y a”, et les lettres interverties de Bessimha, forment “Ma’hshava” : réflexion.
Alors, à nous de jouer : chaque matin, au lever, réfléchissons à tout ce dont Hashem nous a gratifiés, listons ces nombreux cadeaux, et réjouissons-nous !
Et alors… Rira bien qui rira le premier ! Pourim Saméah !
Esther Clara Moyal
