Histoire à suivre ... chapitre 3
- 13/03/2026
Le soir, quand les enfants furent couchés et que j’eus enfin fini mon devoir de maths, Maman frappa doucement à ma porte.
Elle entra avec deux tasses de tisane.
Mon cœur se réchauffa immédiatement.
Seule au foyer, Maman n’avait pas toujours le temps de s’asseoir avec moi, mais quand cela arrivait, je savais que j’allais passer un bon moment…
— Ça va ma chérie ? me demanda-t-elle en me tendant une tasse bien chaude.
Nous nous assîmes sur mon lit, les mains refermées autour des tasses pour nous réchauffer.
— Oui Maman, qu’en penses-tu de prendre une femme de ménage ? Tu travailles trop !
Avec Liora qui passait le bac cette année et moi en 3ème année de licence, Maman ne nous sollicitait plus beaucoup pour l’aider.
— Oui tu as raison, je vais y songer. Mais parlons de toi d’abord, te sens-tu prête à rencontrer la semaine prochaine ce garçon qui s’appelle Aharon ? J’ai parlé à Tonton Moché, il m’a donné son feu vert.
Tonton Moché, le frère de Maman qui habitait en Israël, était comme son bras droit. Il jouait un peu le rôle de figure masculine lors des grandes décisions que Maman devait prendre.
Savoir que Tonton Moché approuvait quelque chose nous rassurait toujours, même si cela ne remplacerait jamais Papa.
— OK Maman, je suis d’accord !
. . .
Dans quelques minutes, j’arrivais à mon lieu de premier rendez-vous avec Aharon.
Je me pressai pour ne pas arriver en retard, mais je l’étais déjà comme à mon habitude.
« Tant mieux », aurait dit Annael, mon amie d’enfance.
« Une princesse se fait toujours attendre. »
C’est à ces pensées que j’arrivai au Jardin des Tuileries.
Le soleil et la légère brise m’envoyèrent un souffle de bonne humeur, et je ne pris même pas la peine de lisser mes cheveux qui s’échappaient légèrement sous le vent.
Je vis un grand jeune homme venir à ma rencontre.
Il était grand, très grand même je dirais, blond, avec un regard rieur.
Il sourit largement et inclina légèrement la tête :
— Bonjour Rachel, enchanté.
Je remarquai sa chemise un peu trop ouverte à mon goût mais en fis abstraction tellement il me donnait une agréable première impression.
— Bonjour, répondis-je avec une petite voix.
Nous commençâmes à marcher côte à côte et il prit la parole avec aisance.
— Alors, raconte-moi ton parcours, Rachel !
Je me lançai dans un récit assez prolixe, sans mentionner évidemment la période difficile liée à la disparition de mon père. Je parlai largement de l’école, du séminaire de Gateshead, puis de mes études.
Après quelques minutes, je me rendis compte que je ne l’avais pas laissé parler, et m’interrompis.
— Et toi ?
Il me raconta que ses parents avaient divorcé il y a quelques années, que son rapport avec son père était très limité, et qu’il voulait exercer en tant que psychologue tout en continuant l’étude de la Torah à mi-temps.
— Pour moi, ajouta-t-il, le mariage ne se résume pas à avoir des enfants. Je ne suis pas sûr de vouloir des enfants tout de suite. Je préfère d’abord me concentrer sur mon couple.
Dans mon esprit, je réagis vivement à cette idée.
Pour moi, certes, les enfants n’étaient pas la priorité absolue d’un couple, puisque le couple existe avant la parentalité, mais attendre… ? Était-ce une influence du monde extérieur ?
Pourtant, notre discussion était si agréable que je choisis de ne pas relever, même si mon esprit m’incitait à le faire.
Il se tourna vers moi avec son sourire rieur :
— Partages-tu cet avis avec moi ?
S’il me posait la question, je n’allais pas me retenir.
— Non, pas vraiment. Je pense que l’on peut construire un couple tout en ayant des enfants. Personnellement, je ne me vois pas attendre.
Il hocha la tête :
— OK. Regarde, on est arrivés à la place de la Concorde ! Tu veux continuer sur les Champs-Élysées ?
— Oui !
Nous continuâmes à nous balader pendant près d’une heure, et je me sentais bien.
Même si nous venions d’univers complètement différents, je sentais qu’il m’écoutait et qu’il essayait de me comprendre.
Il avait un frère et une sœur et ils vivaient seuls avec leur mère.
Je me demandai si le divorce de ses parents expliquait son désir d’attendre avant d’avoir des enfants, par crainte que cela ne marche pas.
Il continua de me raconter un peu ses études de psychologie, et je lui avouai combien étudier l’informatique pouvait être ennuyeux face à des métiers face à des métiers plus tournés vers l’humain.
Lorsque l’après-midi toucha à sa fin et que je sentis qu’il était temps de partir, je me tournai vers lui. Je dus légèrement lever la tête pour le regarder dans les yeux, même si je mesurais environ 1m65.
— Je pense qu’il est temps que je rentre chez moi.
Il me prit de court :
— Tu accepterais une deuxième rencontre ?
— Oui, bafouillai-je.
Il me sourit largement :
— Super ! À bientôt alors Rachel !
Je m’éloignai, puis, dès que je fus suffisamment loin, j’appelai directement Maman pour lui raconter cette rencontre intéressante.
Guila

