Rencontre exclusive : Comme des soeurs

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Il y a des histoires qui commencent simplement, avec deux sœurs, une conviction et l’envie profonde de changer les choses. Comme des Sœurs, c’est exactement ça : une association née d’un lien familial et d’un élan du cœur, portée par deux femmes qui ont décidé que la solidarité ne devait pas rester un mot vide de sens. Livrer des corbeilles aux nouvelles accouchées, organiser des ateliers budget, créer des soirées pour tisser du lien, célébrer les femmes … Derrière chaque action, une même ambition : que chaque femme, quelle que soit sa situation, se sente entourée, soutenue, et surtout, jamais seule. Nous sommes allées à leur rencontre.

Comment est née l’association Comme des sœurs ? Qu’est-ce qui vous a poussées à la créer ?

 

Deborah : Après la période du Covid, j’ai perdu ma grand-mère et deux tantes du côté maternel, de manière assez soudaine. C’était un choc, et Ruth et moi, on voulait faire quelque chose pour honorer leur mémoire. Au début, on ne savait pas encore sous quelle forme.

 

Ruth : parallèlement moi, j’avais ouvert un institut de beauté, avec des tarifs accessibles, parce que je voulais que toutes les femmes puissent prendre soin d’elles. Mais comme l’institut ne se remplissait pas, surtout avec mon accouchement qui approchait, j’ai dû fermer. Il y avait un besoin et nous avons compris que le frein principal était le coté financier. Quelques temps plus tard, en voyant tout le matériel et les produits, je me suis dit que ce serait dommage de tout perdre. Alors, j’ai proposé aux femmes d’avrekhims de venir gratuitement pour un soin. Et là, j’ai vu mon agenda se remplir. On a compris que le frein principal, c’était le côté financier. À ce moment-là, ma cousine Shani m’a aidée, et on a parlé avec Déborah. C’est devenu une évidence, et c’est comme ça que l’association Comme des sœurs est née.

 

 Vous êtes deux sœurs à la tête de l’association. D’où vient le nom Comme des sœurs ? C’était parce que vous êtes sœurs, ou il y avait autre chose derrière ?

 

Oui, on est sœurs, mais il y a aussi une histoire avec notre cousine Shani. En fait, on a été toutes les trois élevées comme des sœurs, avec ce lien très fort depuis l’enfance. Notre grand-mère vivait chez nous pendant un temps, et Ruth partageait même sa chambre avec elle. À chaque occasion, notre grand-mère lui disait cette phrase : « Toi et moi, on est comme des sœurs, plus que des sœurs. » C’était un petit rituel, une attention qu’elle avait, et ça a pris tout son sens. En plus, on voulait toutes les trois aider les femmes, leur offrir un espace de bienveillance. Et c’est vraiment cette sororité, ces liens familiaux, qui ont donné tout son sens au nom Comme des sœurs. Ça parlait de nous, de notre histoire, et aussi de la solidarité qu’on voulait transmettre à travers l’association.

 

Travailler en famille, est-ce que c’est compliqué parfois ? Comment vous arrivez à gérer ça au quotidien ?

 

Ruth : Franchement, c’est quelque chose qui s’est fait très naturellement. Déjà parce qu’on habite à côté, et puis parce qu’au moment où on a lancé l’association. On préparait tout ensemble dans mon salon, les colis, les événements, les soins… C’était très simple, très doux. On le faisait avec le cœur et on passait aussi de vrais bons moments ensemble.

 

Aujourd’hui, l’association a pris plus d’ampleur, il y a plus de monde autour de nous, plus d’organisation, mais finalement ça reste très fluide entre nous. On se complète énormément. Chacune apporte quelque chose de différent.

Moi, par exemple, je vais souvent arriver avec plein d’idées, parfois un peu ambitieuses. Déborah, elle va tout de suite réfléchir à comment rendre ça plus concret, plus fonctionnel. Et Shani, elle va davantage penser au budget, à l’organisation, à ce qui est réalisable ou non.

 

C’est justement cet équilibre qui fait notre force. On arrive à rêver grand tout en gardant les pieds sur terre. Chacune apporte sa vision, sa sensibilité, son regard sur ce qu’on peut améliorer. Et comme on a grandi ensemble, même avec Shani qu’on considère vraiment comme notre sœur, on se connaît parfaitement. On a les mêmes références, la même façon de fonctionner, donc ça rend le travail beaucoup plus fluide et efficace.

 

Après, évidemment, il peut arriver qu’on ne soit pas totalement d’accord sur certains détails, mais honnêtement, c’est très rare qu’on ait des désaccords de fond. En général, on a toujours la même vision finale. C’est plus une question d’ajustement. Moi, par exemple, je peux avoir tendance à voir très grand et vouloir faire énormément de choses d’un coup. Et derrière, Déborah va me ramener un peu à la réalité en me disant : “OK, mais est-ce qu’on a le temps ? Est-ce que c’est faisable avec les enfants, le quotidien, l’organisation ?” Et Shani va arriver avec la partie budget en disant : “Bon, les filles, il faut aussi qu’on regarde ce qui est possible financièrement !”

 

Mais au final, c’est ce qui fait qu’on fonctionne aussi bien ensemble. On arrive toujours à trouver un équilibre entre les idées, le concret et l’humain. Et surtout, on garde toujours en tête pourquoi on fait tout ça.

 

Quelles sont les principales activités de l’association aujourd’hui ?

 

Déborah : En réalité, nos activités sont très variées parce qu’on essaye de répondre à différents besoins autour des femmes et du lien social. On organise des soirées et d’ateliers. Ce sont des moments ouverts aux femmes, souvent autour du bien-être, de la beauté ou du développement personnel. Par exemple, on peut proposer un atelier avec un thème relié au bien-être.

 

Mais ce qu’on aime surtout, c’est ce qui se crée autour de ces événements. Des femmes qui ne se connaissent pas du tout repartent parfois avec de vraies amitiés. Certaines trouvent des conseils, d’autres simplement un espace où elles peuvent souffler et se sentir entourées. On a des profils très différents : des jeunes femmes, des mamans, des femmes retraitées, des personnes isolées… et aujourd’hui, on a même un petit groupe d’habituées qui viennent régulièrement à nos événements.

 

On fait aussi beaucoup de corbeilles solidaires et de box cadeaux. Parfois, ce sont des actions collectives : on décide par exemple de préparer une trentaine ou une quarantaine de corbeilles pour de jeunes mariées, puis on contacte des personnes autour de nous pour savoir qui pourrait en bénéficier. Et parfois, ce sont des attentions beaucoup plus personnelles, destinées à une femme en particulier parce qu’on connaît son histoire ou qu’elle traverse une période compliquée.

 

Deux à trois fois par an, on prépare aussi des box pour les fêtes et les haguims. Ça peut être des coffrets autour de l’art de la table, du maquillage ou des activités à faire entre proches. Cette année, par exemple, pour tou bishevat, ou c’est l’anniversaire de décès de notre grand -mère , on a créé des ateliers “tarte aux fruits” à domicile : on livrait des fonds de tarte, des crèmes, des fruits déjà préparés et des toppings, pour que chaque personne puisse composer sa propre tarte chez elle. C’est ce genre de petites attentions qui embellissent une fête ou créent un vrai moment de partage.

 

Tout ça représente énormément de travail en coulisses. Certaines préparations nous prennent des nuits entières, surtout quand il faut préparer plusieurs dizaines de box ou de corbeilles dans des délais très courts. Mais on le fait avec beaucoup de cœur.

 

Ruth : Et puis aujourd’hui, l’association évolue aussi vers quelque chose d’un peu plus large. On accompagne désormais d’autres personnes qui ont des idées de projets solidaires. Parfois, des jeunes filles ou des femmes viennent nous voir avec une envie, un concept ou une activité qu’elles aimeraient mettre en place. Nous, on leur apporte un cadre, du matériel, parfois un budget ou simplement notre expérience du milieu associatif.

 

Par exemple, récemment, on a commencé à accompagner des projets destinés aux adolescentes avec des après-midis ou des activités entre jeunes filles. On aide aussi à organiser des ateliers autour de la grossesse, de la maternité ou du bien-être féminin. L’idée, ce n’est pas forcément que tout parte de nous, mais plutôt de permettre à d’autres femmes de créer elles aussi quelque chose de positif.

 

Au final, notre fil conducteur reste toujours le même : créer du lien, apporter de la douceur et permettre aux femmes, peu importe leur âge ou leur situation, de se sentir soutenues et entourées.

Vous proposez aussi parfois une aide plus personnalisée à certaines femmes qui traversent des périodes difficiles. Comment ça se passe concrètement ?

 

Déborah : La plupart du temps, ce n’est pas quelque chose de très formel. On est surtout très attentives à ce qu’on entend et à ce qu’on voit autour de nous. Souvent, ce sont des petites phrases glissées dans une conversation qui nous alertent. Quelqu’un qui parle d’une perte d’emploi, d’un déménagement, d’un problème de santé ou simplement d’une période compliquée… Ce sont parfois des détails, mais derrière, on comprend qu’il peut y avoir des difficultés plus importantes.

 

Par exemple, une femme qui nous dit qu’elle vient de changer de travail ou qu’elle est devenue propriétaire après avoir été locataire, on sait que ça peut aussi vouloir dire de nouveaux frais, moins d’aides, une situation financière plus fragile. Donc on essaye d’avoir cette attention-là, ce regard bienveillant qui permet d’aider quelqu’un qui pourrait avoir besoin d’un coup de main, même sans forcément le demander directement.

 

Ruth : Ensuite, selon les situations, on essaye de mettre en place des petites choses adaptées. Ça peut être une attention, une box, une aide ponctuelle, un moment de répit ou simplement le fait de prendre des nouvelles et de montrer à la personne qu’elle n’est pas seule.

 

Et quand on sent que les besoins vont plus loin, notamment sur tout ce qui touche au bien-être psychologique ou émotionnel, on essaye aussi de rediriger vers les bonnes personnes. On a la chance d’être entourées de bénévoles et de femmes qui travaillent avec nous : des sophrologues, des psychologues, des psychothérapeutes ou d’autres professionnelles du bien-être qui proposent parfois des accompagnements ou des soins gratuitement pour certaines bénéficiaires de l’association.

L’idée, ce n’est pas de remplacer des professionnels, mais plutôt d’être un relais, une oreille attentive, et parfois un premier soutien pour des femmes qui traversent des moments difficiles. On essaye surtout d’agir avec beaucoup de discrétion, de douceur et de bienveillance.

L’année dernière, vous avez organisé un grand événement pour la Journée de la femme, le “FIBY Day”. Quelle était l’ambition derrière cette journée ? Pourquoi avoir voulu créer un événement aussi important ?

 

Deborah: On avait envie de voir plus grand. Jusqu’ici, on organisait surtout des événements en plus petit comité, mais là, on voulait créer quelque chose qui touche encore plus de femmes, au-delà de notre cercle habituel. L’idée, c’était vraiment de concentrer, sur une seule journée, tout ce qu’on essaye d’apporter tout au long de l’année à travers l’association.

 

On a donc organisé cet événement dans une grande salle, avec plein d’espaces différents pour que chaque femme puisse y trouver quelque chose qui lui fasse du bien. Il y avait un espace bien-être, des soins esthétiques avec de la manucure, de la coiffure, du maquillage … mais aussi des ateliers créatifs, des activités manuelles, des temps d’échange et plusieurs conférences.

Les femmes achetaient un billet d’entrée qui leur donnait accès à toute une expérience. Elles pouvaient circuler toute la journée entre les ateliers, les soins et les différents espaces. Il y avait aussi la possibilité de déjeuner sur place, pour vraiment prendre le temps de vivre cette journée sans pression.

 

Ruth : On avait aussi organisé deux conférences, une autour de la parentalité et une autre sur la nutrition. En fait, on voulait vraiment réunir toutes les dimensions qui nous tiennent à cœur : le bien-être, la santé, le développement personnel, la féminité, le partage… Tout ce qu’on fait habituellement, mais réuni en une seule journée.

Et on avait choisi un jour férié justement pour permettre au maximum de femmes de pouvoir venir, même celles qui travaillent ou qui ont un quotidien très chargé.

 

Les retours qu’on a reçus après cette journée ont été incroyables. On a eu des messages de femmes qui nous ont dit qu’elles s’étaient senties bien, écoutées, reboostées. Je me souviens notamment d’une maman qui était venue avec son bébé. Elle traversait une période compliquée moralement, et elle nous a expliqué que cette journée lui avait permis, pour la première fois depuis longtemps, de vraiment penser à elle. Elle avait pu souffler, prendre soin d’elle, échanger avec d’autres femmes et repartir plus légère.

 

Et honnêtement, pour nous, c’est exactement ça le but de l’association. Si une femme repart en se sentant apaisée, soutenue ou simplement un peu plus forte qu’en arrivant, alors notre mission est accomplie. Cette journée-là, c’était vraiment une parenthèse pensée pour les femmes, pour leur permettre de se recentrer sur elles-mêmes et de repartir rechargées pour la suite.

 

Quels sont les besoins de l’association aujourd’hui ? De quoi auriez-vous besoin pour continuer à vous développer et aider encore plus de femmes ?

 

Déborah : Aujourd’hui, on a évidemment besoin de dons, parce que c’est ce qui nous permet de financer toutes nos actions : les soirées, les événements, les corbeilles solidaires, les box maternité, les ateliers… Tout ce qu’on met en place pour les femmes repose énormément sur la générosité et le soutien qu’on reçoit.

Mais au-delà des dons financiers, on a aussi besoin de partenariats et de dons en nature. Ça peut être des produits de beauté, des livres, des accessoires, des soins ou tout ce qu’on peut ensuite redistribuer aux femmes qui en ont besoin à travers nos box et nos événements.

 

Ruth : On cherche aussi beaucoup de professionnelles qui accepteraient de s’investir avec nous, même ponctuellement. Ça peut être des maquilleuses, des coiffeuses, des sophrologues, des psychologues, des psychothérapeutes, des coachs… Peu importe le domaine, du moment que ça peut apporter du bien-être ou du soutien aux femmes.

 

Parfois, certaines femmes traversent des périodes très lourdes, médicalement ou émotionnellement. Ça peut être un parcours PMA, une maladie, des traitements, une grosse charge mentale… Et souvent, dans ces moments-là, prendre soin de soi devient presque impossible, parce que ça coûte cher, que ça demande du temps et de l’énergie qu’elles n’ont plus forcément.

 

Alors quand une professionnelle accepte d’offrir une prestation, une séance, ou même simplement de proposer un tarif réduit, ça peut vraiment avoir un impact énorme. Parfois, offrir une heure de soin ou d’écoute à une femme, ça lui permet simplement de continuer à avancer.

 

Je pense notamment à une femme à qui on avait offert des séances de sophrologie après une période très difficile. Cette expérience lui a fait tellement de bien qu’elle a ensuite décidé de se former elle-même. Aujourd’hui, elle est devenue sophrologue… et maintenant, c’est elle qui propose ses services aux bénéficiaires de l’association quand on en a besoin.

Et pour nous, ça résume exactement l’esprit de Comme des sœurs : des femmes qui soutiennent d’autres femmes, et qui, un jour, deviennent à leur tour un soutien pour quelqu’un d’autre.

 

Dans le meilleur des mondes, comment imaginez-vous l’association Comme des sœurs dans cinq ans ?

 

Ruth : Je pense que ce qu’on aimerait avant tout, c’est inscrire l’association dans la durée. Que tout ce qu’on construit aujourd’hui devienne quelque chose de vraiment ancré dans le temps. Qu’il y ait une vraie continuité dans nos actions et que les femmes sachent naturellement que Comme des sœurs sera toujours là.

 

Par exemple, on aimerait que certaines choses deviennent presque des rendez-vous fixes : que les femmes sachent qu’à telle période, il y aura forcément une soirée, un atelier, une rencontre ou une action particulière. Qu’elles puissent compter dessus sans même se poser la question.

 

Déborah : Aujourd’hui, chaque projet demande énormément d’organisation, de recherches de financement, de logistique… Donc dans le meilleur des mondes, on aimerait aussi avoir plus de stabilité. Pouvoir développer nos actions sans être constamment dans l’incertitude du budget ou dans la question de savoir si on pourra maintenir tel ou tel événement.

On aimerait pouvoir aller encore plus loin dans ce qu’on propose, développer davantage d’activités, toucher plus de femmes et peut-être même élargir notre présence dans la région. Mais toujours en gardant l’esprit de départ : quelque chose de profondément humain, chaleureux et accessible.

 

Ruth : Le plus beau pour nous, ce serait que les femmes considèrent l’association comme un vrai repère. Un endroit où elles savent qu’elles trouveront toujours du soutien, du lien, de la bienveillance et des moments pour elles. Que Comme des sœurs devienne presque une évidence dans leur quotidien.

Comme des Sœurs, c’est la preuve que les plus belles initiatives naissent souvent des plus belles complicités. Dans un monde qui va vite et qui isole, elles ont choisi de ralentir, de tendre la main, de créer du lien là où il manque. Leur association est un rappel puissant que la solidarité entre femmes est une force, une vraie. Et si leur histoire vous inspire, n’hésitez pas à les rejoindre, à les soutenir, ou simplement à parler d’elles autour de vous. Parce que c’est aussi comme ça que les choses changent — une femme à la fois, mais ensemble.

Pour les soutenir ou les contacter:

 

https://www.helloasso.com/associations/comme-des-soeurs