Histoire à suivre ... chapitre 4

Abstract beach background with sun rays

Après la rencontre avec Aharon

 

Ce soir-là, après avoir raconté à Maman comment s’était déroulé le chiddouh et confirmé à l’intermédiaire que j’acceptais une deuxième rencontre, j’appelai Annael, ma meilleure amie.

Elle décrocha dès la première sonnerie.

 

— Salut Rachel !

 

— Salut Annael, comment ça va ?

 

— Comme après une semaine d’examens intensifs… crevée, mais avec une envie de sortir et de profiter en même temps.

 

— Ça tombe bien. Tu veux passer chez moi ? Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vues.

 

Quelques minutes plus tard, Annael déboulait dans ma chambre. Elle habitait à deux pas de la maison, et nous avions pris l’habitude de pouvoir nous retrouver à n’importe quelle heure.

Elle s’installa sur ma chaise de bureau et se mit à tournoyer.

 

— Alors ? Qu’est-ce qui nous vaut ce beau brushing, Rachel ? Tu nous caches quelque chose ?

 

— Mais non ! On a encore le droit de se faire belles pour nous-mêmes, non ? rétorquai-je en haussant les épaules. Et toi, raconte-moi tes examens, comment ça s’est passé ?

 

J’avais réussi à détourner la conversation sans difficulté. Je ne voulais pas parler de chiddouhim avec mes amies trop tôt. Même si l’envie de lui raconter ma rencontre avec Aharon me brûlait les lèvres, je préférai garder cela pour moi et Maman, car un début de chiddouh ne signifiait absolument rien. 

 

— Pas trop mal. On verra aux résultats.

 

Annael était en licence de droit et, malgré le stress qu’elle s’imposait à chaque session, elle s’en sortait toujours.

 

Elle prit soudain cet air lointain que je lui connaissais trop bien.

 

— Quelque chose te tracasse ? lui demandai-je.

 

— Oh, tu sais… c’est comme d’habitude. Mes parents… Avec eux, c’est les montagnes russes un jour sur deux. Je t’ai déjà dit : un jour ils s’entendent à merveille, le lendemain ils ne s’adressent plus la parole. Je me demande à quoi tout ça sert… Autant divorcer !

 

Ses mots me serrèrent le cœur. Jamais encore je ne l’avais entendue prononcer le mot divorce, malgré toutes les disputes qui rythmaient son quotidien.

 

— Je suis désolée, Annael… Je ne sais pas quoi te dire, à part que je suis là pour t’écouter.

 

Elle éclata en sanglots. Je me levai aussitôt pour l’enlacer.

Elle essuya ses larmes d’un geste brusque, renifla, puis murmura :

 

— Parfois, tu comprends… j’en viens à espérer qu’ils se séparent, juste pour retrouver un peu de tranquillité. Et le pire, ce n’est même pas pour moi… c’est pour les petits, Ishay et Talia. À leur âge, ils en souffrent encore plus.

 

— Tu penses vraiment que ce serait mieux s’ils se séparaient ? Il n’y a pas encore quelque chose à faire ?

 

— Mes parents ont l’air de croire qu’il reste de l’espoir… puisqu’ils restent ensemble malgré leurs mésententes.

 

— Qui sait… Peut-être qu’ils ont raison. En tout cas, je l’espère pour toi… et pour eux.

 

Annael se moucha, puis se redressa comme si rien ne s’était passé. Très vite, nous nous mîmes à parler des prochains jours fériés et à faire des projets.

 

Mais je restai pensive.

 

Pourquoi y avait-il tant de souffrance dans le monde ?

 

Certains couples, bien vivants, n’arrivaient pas à cohabiter en paix… tandis que d’autres auraient tout donné pour partager ne serait-ce qu’un jour de plus, mais en étaient privés à jamais.

 

Et c’était ainsi pour tant de choses.

 

Peut-être étions-nous simplement des êtres éternellement insatisfaits, toujours focalisés sur ce qui nous manque.

 

Depuis la perte de Papa, je ne voyais plus la vie de la même manière.

Chaque lueur d’espoir, chaque infime signe de vie, chaque once d’amour… tout prenait une intensité profonde.

Comme une vague immense d’émotions.

Comme un miracle.

Et, sans m’en rendre compte, mes pensées dérivèrent vers Aharon.

Je me surpris à attendre la prochaine rencontre avec curiosité et une légère impatience.