Histoire à suivre ...
- 14/08/2026
À 10 h 55, j’étais déjà devant le café où on devait se retrouver avec Aharon. Nerveuse à l’idée d’arriver la première — ce qui m’arrivait très rarement —, je fis un petit tour dans la rue, en profitant pour me regarder dans la glace d’un rétroviseur. J’avais les joues un peu rosies par le stress et par le blush. Je lissai mes cheveux nerveusement. Je me calmai intérieurement et me serinai : — Rachel, si c’est le bon, ça sera le bon quoi qu’il arrive.
Dès qu’il fut 11 h 01, je franchis le pas du café et balayai du regard la salle pour voir si Aharon était déjà arrivé. Personne en vue. Je choisis une petite table en retrait et m’y assis.
Il semblerait que ce soit lui, aujourd’hui, qui se ferait attendre.
Il entra cinq minutes plus tard avec un grand sourire, le même sourire que la dernière fois. J’eus l’impression que les boutons de sa chemise étaient encore plus ouverts que la dernière fois, et il portait de grosses boots à lacets.
Une nouvelle fois, j’occultai le fait que ce style vestimentaire ne me satisfaisait pas.
« L’habit ne fait pas le moine », était le titre de ma réflexion, ce qui fit qu’elle fut rangée encore plus au fond de mon esprit.
À la place, je lui offris mon plus beau sourire et il s’assit en face de moi.
Nous discutâmes comme la dernière fois, avec beaucoup d’enthousiasme et de spontanéité.
Une fois de plus, je remarquai que le divorce de ses parents l’avait beaucoup marqué. Est-ce qu’il y a des enfants que ça ne marque pas ? Je n’en avais aucune idée, mais j’imaginais que ça dépendait aussi de l’âge de l’enfant à ce moment-là, comme pour Papa.
Nous avions oublié de commander une boisson. Du coup, il se leva pour aller nous chercher un jus pour moi et un café pour lui.
— C’est quoi ton but dans la vie ? me demanda-t-il quand il revint avec les boissons.
Je réfléchis.
— Mmh, j’aimerais dire que c’est de marquer le monde de mon génie, commençai-je, mais je crois finalement que j’aspire juste à fonder une famille. En tout cas, c’est la chose la plus importante pour moi. Et toi ?
Il sourit.
— Je pense que je cherche également ça, mais d’abord à m’accomplir. J’ai trop vu ma mère se sacrifier dans sa vie de famille.
Je hochai la tête pour lui montrer que je comprenais son point de vue, même si je ne le partageais pas entièrement. Évidemment qu’il faut s’épanouir en tant que femme ou homme autant qu’en tant que père ou mère, époux ou épouse, etc. Mais Maman, qui a tant donné, ne m’a jamais donné l’impression de se perdre elle-même en s’occupant de nous.
— Tu veux sortir ? me demanda Aharon après un instant.
Une fois dehors, nous nous baladâmes dans les rues de Paris et parlâmes de mes études d’informatique, du secteur dans lequel je voudrais exercer, ainsi que de ses études à lui.
Après quelques bavardages, il s’arrêta devant un banc et me regarda dans les yeux.
— Si tu veux bien qu’on s’assoie, j’aimerais te parler d’un sujet que j’aurais dû aborder au début.
Surprise, je m’assis en m’attendant au pire.
Il se racla la gorge.
— Eh bien, la vérité, c’est que j’aurais dû en parler avant le début du chiddouh. Je ne me sens pas prêt à faire un chiddouh classique. C’est-à-dire que je préfère rencontrer la personne longtemps avant de penser au mariage.
Mon cœur se serra légèrement de déception.
Il continua :
— C’est-à-dire que tant que je ne suis pas sûr de me marier et que je ne suis pas assez proche de la personne, je ne me sentirai pas capable de me fiancer.
— Ok, je comprends, lui répondis-je. Combien de temps, c’est « longtemps » pour toi ?
— Un an, dit-il d’un air gêné.
Tout de suite, je pensai à tous les problèmes de chomer neguia qui pourraient apparaître, mais surtout au problème de fond que cela pouvait signifier : la peur de s’engager.
— J’ai compris, dis-je d’une voix aussi douce que je le pouvais. C’est sûr que ce n’était pas dans mes objectifs, même si j’ai beaucoup apprécié nos deux rencontres. Alors laisse-moi réfléchir en rentrant chez moi.
Il me regardait d’un air franc mais sérieux, et il avait l’air sûr de lui quant au fait que c’était ce dont il avait besoin. J’étais juste déçue qu’il ne m’en ait pas parlé avant, ou même qu’il n’en ait pas informé l’intermédiaire.
Il y eut un petit moment pendant lequel aucun de nous ne parla, puis il me dit :
— D’accord, Rachel. Dans ce cas-là, c’est peut-être mieux que l’on se quitte maintenant pour que tu réfléchisses, même si je me fais peu d’espoir là-dessus !
J’acquiesçai.
— Oui. Alors au revoir, Aharon !
— Au revoir, Rachel, me dit-il avec un clin d’œil qui fut, cette fois, stoppé dans mon esprit par ces nouvelles informations.
Sur ce, chacun partit de son côté, et je sus que c’était la fin de ce chiddouh, même si je n’aurais pas pensé ressentir autant de peine après seulement deux rencontres.
Guila
