A suivre … partie 2

Histoire à suivre … partie 2 19/11/2025 Résumé de la partie 1 : Avigaïl vient de recevoir une offre d’embauche très intéressante, et se demande si elle peut accepter cette offre et concilier vie de famille, carrière, identité juive.  Chapitre 2  Je vérifie une dernière fois mon reflet sur l’écran de mon téléphone, inspire profondément, puis appuie sur la sonnette de l’interphone Les portes s’ouvrent presque aussitôt. J’entre dans une vaste salle d’accueil, où une jeune femme derrière le comptoir me scrute.   — Vous avez rendez-vous ? me demande-t-elle. — Oui, avec M. Ricci, répondis-je, la voix légèrement tremblante. — Très bien, je le préviens. Vous pouvez vous asseoir.   Tout s’était enchaîné si vite depuis la proposition d’embauche. Après une semaine entière de doutes, de nuits blanches et de tergiversations, j’avais finalement signé cette offre que j’espérais tant. Et me voilà, quelques jours plus tard, pour mon premier jour officiel.   Même si tout s’était déroulé en ligne jusque-là, je connaissais déjà les noms de mes supérieurs et des membres de l’équipe. Je connaissais le contrat de travail par cœur, chaque ligne, chaque engagement. Du moins, je pensais savoir à quoi je m’engageais.   Pouvais-je vraiment prétendre avoir la sagesse de l’expérience… sans expérience ?   C’est sur cette pensée qu’un homme grand et maigre sortit de l’ascenseur, un large sourire aux lèvres. — Madame Lévy ! Ravi de vous rencontrer enfin, s’exclama-t-il en me tendant une main chaleureuse.   Et voilà… les ennuis commençaient déjà. — Bonjour ! répondis-je le plus gaiement possible. Je suis vraiment désolée, je ne serre pas la main… c’est une question de religion.   J’avais choisi la sincérité. Il fronça légèrement les sourcils. — Ah ! Je n’avais encore jamais entendu ça. Bon, allons-y, je vais vous présenter à vos collègues.   Nous montâmes au premier étage, où s’ouvrait un grand open space animé d’un lourd brouhaha. — Venez, faisons le tour des bureaux pour les présentations.   Je pris une profonde inspiration avant de commencer la tournée, répétant inlassablement la même phrase : « Désolée, je ne serre pas la main… »   Enfin, le supplice prit fin lorsque je pus m’installer à mon poste et entamer l’onboarding du premier mois de la période d’essai. À la fin de la matinée, j’étais épuisée — comme après le tourbillon de 17h à 20h avec les enfants.   Mais au moins, l’épreuve du serrage de main était derrière moi. Tout le monde était prévenu. Une chose de moins à gérer.   Resteraient les afterworks, les vendredis après-midi, les fêtes… et les absences pour les enfants.     Guila

A suivre …

Histoire à suivre … 23/10/2025 Nerveuse, je cliquai de nouveau sur le mail que je venais de recevoir et le lus à nouveau.   Objet : Offre d’emploi – Chef de projet Logiciel, Microsoft France Chère Madame Levy, Nous avons le plaisir de vous proposer de rejoindre Microsoft France en tant que chef de projet Logiciel. Ce que nous offrons : Salaire compétitif de 80 k + bonus annuel Projets cloud et IA utilisés par des millions d’utilisateurs Déplacements et conférences internationaux Vos missions : Piloter et diriger une équipe d’ingénieurs cloud Participer à des réunions et sprints parfois en soirée pour coordonner avec les équipes internationales Nous serions ravis de vous accueillir au sein de Microsoft France pour contribuer à des projets technologiques majeurs. Cordialement, Lucas Ricci Responsable Talent Acquisition – Microsoft France     L’excitation me traversa en même temps que la culpabilité. Je savais parfaitement que ce poste ne correspondait pas à la vie idéale d’une mère de famille religieuse, et pourtant… j’avais postulé de plein gré. Je clignai des yeux et me secouai légèrement, comme pour m’interdire de m’engourdir dans la rêverie de cet email. En réalité, c’était tout ce dont je rêvais, sauf les horaires et les voyages. Sans parler du fait d’intégrer une équipe majoritairement masculine et non juive, mais ça, je le savais déjà avant de postuler. Une vague de colère monta en moi. Depuis longtemps, je désirais un grand poste dans une boîte prestigieuse. J’aimais mon métier. Pourquoi était ce si compliqué ? Jusqu’ici, depuis la fin de mes études, je n’avais connu que des postes en full télétravail, ce qui m’avait permis de travailler tout en étant disponible pour mes deux petits garçons. Qu’ils me proposent ce poste malgré mon expérience limitée était une véritable aubaine ! Je transférai le mail à mon mari, en lui disant qu’on en discuterait ce soir, fermai l’ordinateur et partis récupérer les enfants à l’école. Dan, six ans, et Gabriel, trois ans, sautèrent tous deux dans mes bras dès qu’ils me virent. — Maman, j’ai faim, me dit Gabriel. — Le goûter est dans la voiture, les enfants chéris, venez. En rejoignant la voiture, je croisai Annaelle, ma plus proche amie depuis notre installation ici à Paris. Avec ses trois enfants en bas âge, elle était toujours en train de courir, mais toujours disponible pour m’écouter. — Il faut que je te raconte quelque chose ! dis-je, pressée. — Dis-moi tout ! s’exclama-t-elle avec un grand sourire. Annaelle, toujours bavarde, allait me tuer que je la laisse ainsi dans l’attente. — On s’appelle tout à l’heure, les enfants attendent leur goûter. — Comme ça tu me laisses dans le suspense ! Ok, ok, on s’appelle. Je la quittai, impatiente de lui parler de ma proposition. De retour à la maison, ce fut la course contre la montre jusqu’à l’heure du dodo, prévue à 19 h 30. Une fois les enfants au lit, épuisée, je m’affalai sur le canapé. Avigaïl, pensais je, en travaillant de la maison déjà c’est difficile… comment ferais-je si je devais me rendre dans un bureau à une heure de trajet ? Qui récupérerait les enfants à l’école ? Quand cuisinerais je leurs repas ? David, mon mari, m’avait proposé de travailler l’après-midi pour que je ne ressente pas de pression financière. Il enseignait le matin à l’école des garçons et étudiait l’après-midi. Mais la pression n’était pas le problème. Je désirais ce grand poste. J’avais cet orgueil : je savais que j’en étais capable et que je me sentirais plus accomplie là-bas, dans une entreprise prestigieuse, qu’en restant à la maison à limiter mon travail pour avoir du temps pour la maison et les enfants. Peut être que j’arriverais à tout concilier ?  Vie de famille, carrière, identité juive ?  La suite au prochain numéro…   Guila