Héroïnes Silencieuses…

Héroïnes Silencieuses… 25/01/2026 Chevat arrive avec son seau de bénédictions, Amen ! En effet, le Mazal de ce mois est דלי, le seau. Mais Chevat vient peut-être aussi nous ramener à nos priorités… Le Bné Issakhar fait remarquer que Chevat (שבט) a la même valeur numérique que איש : l’homme… Notons aussi que Chevat s’écrit comme chévet (tribu), et que דלי, le seau, comprend exactement les mêmes lettres que… ילד, l’enfant. Mon conjoint. Mon enfant. Ma tribuJ : mes couronnes et mes priorités. Mon foyer : terreau de germination de ma grandeur. Or, dans un monde devenu fou, notre perception des valeurs s’est (lentement et insidieusement mais sûrement) déplacée voire transformée, et ce que nous admirons et célébrons, ce que nous appelons « grandeur » a été entièrement redéfini : « Il y a cent ans », écrit Rav Joey Haber qui a inspiré cet article, « un héros était quelqu’un qui consentait au sacrifice de soi, travaillait dur, vivait avec intégrité et incarnait de solides valeurs. Aujourd’hui en 2026, un héros est souvent celui qui a le plus de followers, la voix la plus forte ou le plus de chaos autour de lui. Le bruit a remplacé la substance. L’attention a pris le dessus sur le caractère. Trop souvent, la grandeur se mesure à qui attire le plus de monde, qui occupe la plus grande scène, qui crie le plus fort, ou qui fait le don le plus médiatisé… »[1] Ma chère sœur ! Rappelons avec force que dans le judaïsme, ce n’est PAS là que réside la véritable grandeur. Oui, la grandeur vit dans les lieux discrets. Avec la femme qui, chez elle, à l’abri des regards, tisse des liens d’amour avec son Créateur, peint des îlots de lumière autour de ses temps de prière, choisit des lectures et des images dignes de traverser les fenêtres de sa précieuse néchama (ses yeux), incarne sa dignité de princesse ambassadrice de Hachem et s’emploie à parfaire son caractère… Avec l’épouse qui, sans fard et sans fanfare, s’active, oui, héroïquement, à construire ce nid douillet, ce havre de paix et de sérénité favorable à l’épanouissement de chacun, retient la colère et les remarques acerbes, distribue la chaleur et la lumière de ses sourires rayonnants (et adorésJ), de ses mots aimants et bienveillants… Avec la maman qui, dans son foyer, élève courageusement ses enfants, s’assoit sur le bord du lit de l’un, lui raconte une histoire et l’apaise au coucher, offre une oreille attentive à l’autre et l’aide à lutter contre les défis de son quotidien, se lève au milieu de la nuit pour nourrir le bébé, s’arrache de son sommeil au petit matin pour préparer la journée, repasse du linge qui sera froissé ce soir, lave des assiettes qui se retrouveront si vite dans l’évier et pense avec amour à des menus qui seront engloutis en quelques minutes, sans même que les efforts d’aujourd’hui la dispensent de ceux de demain… Qui songe à lui donner une médaille lorsqu’elle apaise les disputes ? Lorsqu’elle garde son calme quand le petit renverse son lait alors que c’est l’heure de courir à l’école, puis au travail ? Lorsqu’elle accueille son mari avec le sourire alors qu’elle a passé deux heures en voiture à cause de la neige ? Lorsqu’elle… manque parfois de patience et lève la voix mais… y repense et décide de se renforcer ? N’est-ce pas elle, l’héroïne ? Certainement ! Elle ne va jamais faire sensation, être en tendance ou se retrouver au centre des conversations, mais elle façonne des néchamot (la sienne comme celle de tous les siens) et cela est tellement plus grand que de se construire une audience ! Que dire de cette femme, qui n’aurait jamais imaginé être encore célibataire à son âge, et qui continue courageusement de s’accrocher à sa émouna ? Qui songe à lui donner une médaille lorsqu’elle protège sa… dignité, sa… foi et sa… joie ? N’est-ce pas elle, l’héroïne ? Certainement ! La persévérance silencieuse est la marque de l’héroïsme. Ne laissons pas le monde alentour, redéfinir notre vision ! 2 février 2007, l’une de ces redoutables nuits d’hiver. Arrachée de mon sommeil une première fois, je trouvais le petit Gabriel en pleurs et l’odeur nauséabonde qui se répandait dans la chambre me mit face à la réalité tant redoutée : la gastro ! Oui, on m’avait signalé que le virus circulait au Gan. Mais étais-je prête pour autant ? Avec courage, je défis les draps ; avec amour je changeai mon petit tsadik ; avec fierté, je retournai me coucher. Pas pour très longtemps… Car le même mal touchait à présent la jolie Naomi… De nouveau, je fouillai l’armoire dans la pénombre à la recherche de linge et de draps propres. De nouveau, je luttai contre le sommeil, l’impatience et d’autres ennemis encore… De nouveau, j’embrassai ma princesse rafraichie, la berçai et fonçai vers mon lit. Sauf que (l’avais-je oublié ?), la gastro est justement contagieuse et je dus bien vite accourir pour les autres aussi… Je n’en menai pas large… et vous passe les détails. Soudain, peut-être pour masquer mon impuissance et me donner de la contenance, je pris une décision étrange : « Je ne retourne plus au lit ! J’attends au salon et plus personne ne pourra se targuer de me réveiller ! » Et là, au cœur de cette nuit cauchemardesque, je fus à mon tour bercée par Hachem. Portée et inspirée par l’héroïne silencieuse du jour qui arrivait. La sève. Car, oui, vous l’avez deviné : c’était la veille de Tou Bichevat. Au matin, je pus partager ce poème avec mes chères élèves de Seconde. Aujourd’hui, je l’offre à chacune de vous, avec toute mon affection car, au-delà de l’image de la sève, c’est à chacune de vous que je pense, avec tant d’admiration : Bravo à toutes nos héroïnes silencieuses ! [1] TorahAnytime, 20th Anniversary Shabbaton Edition (January 2, 2026), 6 (je traduis). Rabbanit Sarah Mimran
« Car l’homme est comme l’arbre des champs » ou la force tranquille

« Car l’homme est comme l’arbre des champs » ou la force tranquille 25/01/2026 En préparant cet article du mois de Chevat, Hachem m’a offert un cadeau: la lecture d’un article passionnant sur la végétation ! A partir de ses observations sur le développement des végétaux, Olivier Hamant, un chercheur biologiste français a mis en avant le concept de robustesse qu’il oppose au concept de performance. Il a pu constater que l’optimisation maximale n’a pas été choisie par Hachem pour les plantes. Celles-ci, plutôt que d’etre dans une logique de performance afin de se développer, vont plutôt être dans une trajectoire moins optimale, faite de lenteurs, de délais, d’erreurs. *Elles développent en réalité des caractéristiques d’adaptation, d’adaptabilité, de souplesse face aux aléas de l’environnement, aux difficultés qui se présentent quotidiennement*. Les contre-performances du vegetal révèlent en réalité leur force et leur stabilité, leur robustesse. A titre d’exemple, il explique qu’afin de profiter un maximum de l’énergie solaire (essentielle à la photosynthèse), les plantes auraient dû être noires (comme les panneaux solaires). Or, elles sont vertes. Cette couleur qui n’absorbe qu’une partie des rayons lumineux ne permet pas un rendement optimal. Il y a un gaspillage énorme d’énergie solaire. Cette sous optimisation cache en réalité une stratégie merveilleuse des plantes leur permettant de résister aux pics de luminosité. En n’absorbant pas toute l’énergie lumineuse, elles évitent la surchauffe et les dommages liés à l’excès. *Ce qui semble être une perte de rendement est en réalité un choix de stabilité et de survie dans la durée*. La plante ne cherche pas la performance immédiate, mais la robustesse face aux aléas.Les exemples sont nombreux. *Ce concept de robustesse vs performance m’a rendue songeuse…* * »כי האדם עץ השדה « * L’homme est comparé à l’arbre. A travers ce que l’on apprend sur l’arbre, des enseignements de taille sont à prendre pour nous… Le monde actuel nous intime la performance et cela sous tous les aspects : avoir une maison tip top, être mince, travailler beaucoup, être sans cesse productive, etc. Où sont le repos, le rythme doux, la prévention, la protection, le regard humble et juste sur nos limites, les limites de ceux qui nous entourent,… Les performances s’étalent aux yeux de tous et nourrissent un mal être énorme au sein de notre société. Elles s’infiltrent dans nos failles ou blessures et nous font croire que par elles nous pourrons les combler. Elles ne réparent rien mais nous entraînent dans une course effrénée épuisante dont les victoires sont éphémères. Nourrir le seul objectif de performance rend plus vulnérable: toutes les ressources sont mises à contribution, l’échec est très mal vécu, le regard d’autrui devient essentiel, les autres objectifs tels que le chalom bayit, la protection de notre santé physique et mentale sont relégués au second plan voire oubliés, etc. Privilégier la stabilité, souvent moins glorieuse et éblouissante permet la sérénité. Elle créée l’adaptation par le retrait parfois, les silences, des espaces de reconnaissance de nos limites. Finalement, elle crée des espaces porteurs pour autrui, son avis, ses besoins et pour plus de Emouna. Il ne s’agit pas de ma force, mon contrôle, mon hyper vigilance. Tout ne dépend pas de moi, je ne m’épuise pas. J’avance avec aisance et confiance en Hachem. En ce mois de Chevat, les arbres nous invitent à plus de sagesse et d’humilité, à apprécier la place chérie qu’Hachem a prévu pour chacune, à nous protéger des mécanismes de surenchère qui nous entourent à foison, à choisir la souplesse, la stabilité, la force tranquille pour servir Hachem le cœur en paix et en joie. Sarah Lahmi
Voir avec son coeur

Voir avec son cœur 30/12/2025 Le mois de Tevet est associé au sens de la vue, nous disent les Sages. La vue peut nous sembler être un sens descriptif. Nous pouvons croire qu’il est facile de nous accorder sur ce que nous voyons. Pourtant, les exemples ne manquent pas pour prouver qu’il n’y a pas qu’une façon universelle de voir un évènement. Bien sûr, nous pouvons décrire un fait de façon factuelle et nous arrêter là. Mais l’événement décrit est teinté par nos émotions, nos midot en jeu sur le moment et l’événement devient alors interprétation. Non pas que ce que nous percevons soit faux mais, soyons honnêtes, plutôt subjectif. Nous avons chacun et chacune notre prisme de lecture, nos lunettes bien à nous. Parmi tous ces prismes de lecture, il y en a un, par contre, qui permet une vision particulière. Il s’agit de la vision du coeur. Cette vision permet d’observer l’évènement avec ce qui s’y cache de plus profond, de non dit ou de mal exprimé, avec plus d’intériorité, de chaleur et de coeur. *Le נפש החיים, nous parle de la חכמת לב, l’intelligence du coeur, l’intelligence de lire le cœur.* En tant qu’épouse, mère, fille, amie, collègue, etc. nous sommes confrontées à des situations diverses (une amie qui ne nous appelle plus depuis plusieurs mois, un enfant qui crie à la moindre contrariété, etc) que nous pouvons juste voir et juger superficiellement. Pire, nous pouvons y réagir avec rancune/colère/etc. Ne s’agirait-il pas plutôt de donner un éclairage autre, de la profondeur, à ce que nous voyons? N’ y a-t-il pas un besoin sous-jacent, une tristesse enfouie, une demande particulière qui animent les personnes qui réagissent de la sorte? Que puis je lire derrière ces comportements ? Que puis je voir avec mon coeur? *Voir avec son coeur c’est également se défocaliser: le sujet ce n’est plus nous ( avec notre sentiment de rejet quand une amie se fait distante, notre sentiment d’échec face à un enfant qui crie, etc) mais bien la personne en face : ce qu’elle vit, ce qu’elle ressent, la raison de son comportement.* Regarder avec son coeur c’est passer en mode « donneuse ». Cette nouvelle vision, celle du coeur, est porteuse d’échanges productifs, de compréhension, de paix. Puissions nous toutes réussir à faire glisser « nos lunettes des yeux vers le coeur » pour observer et comprendre ceux qui nous entourent avec encore plus de compréhension et de tendresse bzH. Ou v2 a comparer Voir avec son coeur* Le mois de Tevet est associé au sens de la vue, nous disent les Sages. La vue peut nous sembler être un sens descriptif. Nous pouvons croire qu’il est facile de nous accorder sur ce que nous voyons. Pourtant, les exemples ne manquent pas pour prouver qu’il n’y a pas qu’une façon universelle de voir un évènement. Bien sûr, nous pouvons décrire un fait de façon factuelle et s’en arrêter là. Mais l’événement décrit est souvent teinté par nos émotions, nos midot en jeu sur le moment et l’événement devient alors interprétation. Non pas que ce que nous percevons soit faux mais, soyons honnêtes, plutôt subjectif. Nous avons chacun et chacune notre prisme de lecture, nos lunettes bien à nous. Parmi tous ces prismes de lecture, il y en a un, par contre, qui permet une vision particulière. Il s’agit de la vision du coeur. Cette vision permet d’observer l’évènement avec ce qui s’y cache de plus profond, de non dit ou de mal exprimé, avec plus d’intériorité, de chaleur et de coeur. *Le נפש החיים, nous parle de la חכמת לב, l’intelligence du coeur, l’intelligence de lire le cœur.* En tant qu’épouse, mère, fille, amie, collègue, etc. nous sommes confrontées à des situations diverses (une amie qui ne nous appelle plus depuis plusieurs mois, un enfant qui crie à la moindre contrariété, etc) que nous pouvons juste voir et juger superficiellement. Pire, nous pouvons y réagir avec rancune/colère/etc. Ne s’agirait-il pas plutôt de donner un éclairage autre, de la profondeur, à ce que nous voyons? N’ y a-t-il pas un besoin sous-jacent, une tristesse enfouie, une demande particulière qui animent les personnes qui réagissent de la sorte? Que puis je lire derrière ces comportements ? Que puis je voir avec mon coeur? *Voir avec son coeur c’est également se défocaliser: le sujet ce n’est plus nous ( avec notre sentiment de rejet quand une amie se fait distante, notre sentiment d’échec face à un enfant qui crie, etc) mais bien la personne en face : ce qu’elle vit, ce qu’elle ressent, la raison de son comportement.* Regarder avec son coeur c’est passer en mode « donneuse ». Cette nouvelle vision, celle du coeur, est porteuse d’échanges productifs, de compréhension, de paix. Puissions nous toutes réussir à faire glisser « nos lunettes des yeux vers le coeur » pour observer et comprendre ceux qui nous entoure avec encore plus de compréhension et de tendresse bzH. Sarah Lahmi
La lumière de l’obscurité

La lumière de l’obscurité 19/11/2025 Rav Pinkus, dans un livre sur Hanouka, nous fait remarquer que la Présence d’Hachem, Sa Ché’hina, ne se dévoile qu’à travers l’obscurité. Trois événements décrits dans les פסוקים le soulignent: « ה אמר לשכון בערפל » Quand Chlomo Hamale’h a construit le *Beit Hamikdach*, il est écrit qu’Hachem résidera dans l’obscurité (ערפל). « ומשה נגש אל בערפל » *Lorsqu’Hachem s’est dévoilé à Moché Rabénou*, Sa Ch’hina reposait également dans l’obscurité. « לפנים שלוש מחיצות « *Au moment où Hachem nous a transmis la Torah*, Sa Ch’hina résidait derrière trois séparations d’obscurité « חושך, ענן וערפל ». Ainsi, la plus grande des proximités d’Hachem auprès des hommes ne se fait qu’à travers l’obscurité. Cela peut se comprendre du fait que Sa Présence sur terre ne pourrait être supportée par elle, par les hommes sans que nous en soyons protégés par une Mé’hitsa, une protection. *Le Rav souligne que l’objectif d’une Mé’hitsa n’est pas la séparation mais bien le rapprochement.* En séparant les hommes des femmes à la synagogue nous les délestons de ce qui peut survenir lorsqu’ils sont proches, pour leur permettre de se rapprocher d’Hachem sans être freinés par d’autres pensées. Comparativement, afin de pouvoir se rapprocher d’Hachem au Beit Hamikdach, lors de la נבואה de Moché Rabénou ou pour recevoir la Thora, nous avons nécessairement besoin de protections, de filtres nous permettant d’atteindre Hachem en quelque sorte. *Mais, nous dit le Rav Pinkus, cela est également vrai pour les hommes: lorsqu’un individu se trouve dans une forme d’obscurité, telle qu’une épreuve, un danger, une chute spirituelle, une dépression, Hachem s’y cache, est tout près de lui.* Les témoignages des otages libérés, de leurs familles, illustrent avec force cette idée. La profondeur de leurs difficultés a créé en eux une connexion avec Hachem d’une profondeur inimaginable. Les guerres, les époques de pogroms, d’expulsions, ont fait naître des héros au sein du Klal Israël. Malheureusement, nous n’avons pas besoin de donner des exemples du passé pour illustrer notre propos. Combien de nos contemporains se révèlent courageux, engagés avec vigueur dans leurs actions et choix du quotidien, résilients, profondément proches d’Hachem… L’obscurité les a révélés pleins de lumière… La vie n’est Barouh Hachem pas aussi obscure que cela pour tous. Néanmoins, dans le quotidien, des zones d’ombres peuvent apparaître : des moments d’incertitude, des conflits, des baisses de moral, des contrariétés,…et si nous les regardions comme autant d’occasions de révéler une lumière : une plus grande proximité avec Hachem envers qui nous nous confions, un enseignement à tirer une reconnaissance de nos forces, une plus grande compréhension de la nature humaine, un raffinement de nos traits de caractère,…pour nous révéler plus lumineuses que jamais. Sarah Lahmi
La Téchouva du Pauvre… ?

La Téchouva du Pauvre… ? 12/09/2025 POUR TELECHARGER L’ARTICLE Nous voici déjà aux portes de la nouvelle année, aux portes de Roch Hachana et des Jours Redoutables, aux portes du Jugement… et tu t’interroges, le cœur noué, les yeux baissés, habitée par l’humilité : « Où en suis-je… ? De quoi pourrai-je seulement me faire valoir face au Roi des rois… ? Comment envisager de vivre de grands moments de prières, chez moi, entre deux tétées / changements de couches / disputes enfantines… ? Comment vibrer aux quelques bribes de Shofar glanées sans l’introduction poignante du Ete Chaaré Ratson chanté avec ferveur par l’ensemble des fidèles… ? Comment imaginer implorer Hachem correctement à Roch Hachana / Kippour, sans être portée par les mélodies du Hazan, les larmes de ma pieuse voisine, la puissance du chœur/cœur communautaire… ? De quoi aura l’air ma Téchouva… ? » Ma chère sœur ! Le monde a besoin de TES précieuses prières et je te supplie de ne pas sous-estimer ton offrande unique et merveilleuse ! Il est certes aisé d’admirer la bête engraissée que tire fièrement le riche vers le Temple ; mais n’oublions pas la valeur incommensurable de l’offrande de farine qu’apporte à son tour l’indigent, avec tant d’humilité… C’est la leçon sublime que nous offre Rachi sur ce verset de Vayikra : וְנֶפֶשׁ, כִּי-תַקְרִיב קָרְבַּן מִנְחָה לַה’ סֹלֶת, יִהְיֶה קָרְבָּנוֹ « Si une personne offre une oblation à Hachem, son offrande sera de fleur de farine (Lév. 2: 1). » F La seule offrande où apparaît le terme נפש (âme) pour dire « une personne » est l’oblation de farine, soit celle du pauvre ; en effet, face à l’offrande du pauvre, Hachem s’exclame : « Je considère comme s’il avait offert son âme ! » Il y a certes la prière et la Téchouva des riches, ces femmes extraordinaires qui consacrent une si grande partie de leurs journées aux trois prières quotidiennes et aussi à la récitation des Téhilim, ces femmes qui passeront leurs matinées de Roch Hachana et leur journée de Kippour à la Synagogue, ces femmes qui vibreront avec l’assemblée et verseront des larmes de Ferveur et de Repentir pour porter leurs précieuses prières jusqu’au Trône Céleste, ces femmes qui représentent autant de piliers pour maintenir notre monde en existence. Mais il y a aussi la prière des « pauvres », ces quelques maigres bribes essentielles murmurées par nos merveilleuses jeunes mamans avant que les petits ne s’éveillent, entre deux épisodes agités, ou encore, courageusement, alors qu’elles sont épuisées en fin de journée, avant que les paupières ne se ferment enfin pour trouver un peu de ce répit salvateur qui sera souvent de si courte durée… Eh bien, ces moments sont suspendus dans les hauteurs et chacun de tes mots de Téfila se transforme en rosée de VIE pour notre monde car Hachem Lui-même s’exclame, te rendant littéralement milliardaire l’espace d’un instant : « Je recueille ton offrande avec tant d’amour et considère comme si tu avais offert ton âme ! » Quarante ans en arrière… L’enfant que j’étais alors est l’aînée d’une fratrie déjà nombreuse. La journée était intense. Maman chérie ne s’est pas arrêtée, dansant depuis l’aube entre la gazinière, le four, les éviers, les jeux, les disputes, la baignoire et le seau. N’a-t-elle pas confectionné le petit-déjeuner copieux et agrémenté des douceurs de circonstance, concocté le couscous de midi, préparé toute la Séoudat Hamafssékète et les délices qui marqueront la fin du jeûne ? N’a-t-elle pas géré puis baigné chacun des petits ? Assuré le ménage de toute la maison et le débarrassage comme la vaisselle du dernier repas avant l’entrée du Grand Jour ? Je l’ai certes un peu aidée, mais que pèse mon geste d’enfant au regard de tout ce qu’elle a accompli ? Papa chlita, tel un ange sur terre, s’est rendu à la Choule et Maman chérie, coiffée d’un superbe foulard blanc, a recouvert la longue table du salon d’une nappe blanche immaculée. Je la regarde allumer les bougies de Kippour sur nos grands et majestueux bougeoirs de cuivre, prier avec ferveur, puis me bénir avec tant d’amour, sans contenir ses larmes d’émotion. Le soleil ne va pas tarder à se coucher. Et nous aussi. Je jette un dernier regard sur Maman, qui a disposé son Mahzor et des mouchoirs sur la table et je me retrouve bien vite allongée dans mon lit, prête à me laisser délicieusement envahir par le sommeil. C’est alors que je les perçois. Très distinctement. Si mélodieuses. Tellement touchantes. Habitées par l’émotion. Entrecoupées parfois de larmes. D’une douceur mêlée de puissance. Accompagnant mon endormissement et m’enveloppant jusqu’à aujourd’hui, alors que quatre décades se sont écoulées. Les prières de Kippour de Maman chérie. Lékha Kéli téchoukati, Lékha… Non, Maman chérie n’est pas allée à la Choule. Telle une douce et fidèle colombe, elle est restée auprès de ses oisillons bien aimés. Là où le cœur comme le devoir l’ont toujours appelée. Et, certes épuisée après une telle journée, elle n’a pas renoncé. Sans être portée par les mélodies du Hazan ni la puissance du chœur communautaire, elle a offert à Hachem et à sa nombreuse descendance, l’offrande la plus riche qui fût. Une prière. Une mélodie qui te reste de cette jeunesse où tu pouvais participer aux offices ou de ces Selih’ot magiques que tu sais chanter et qui sauront éveiller ton émotion. Quelques mots que tu adresses humblement (oui, même en français) et sincèrement à Hachem tout en berçant ce petit prince inconsolable / en cajolant cette princesse qui ne trouve pas le sommeil, pour Le supplier de protéger ton petit monde, Son grand monde : ce sont là les offrandes les plus sublimes, les plus chéries que tu puisses apporter sur l’Autel… Enfin, comme le disait si justement la Rabbanite Meyer de Bnei Brak dans ce magnifique poème sur la Téchouva qui savait tant me porter lorsque j’avais de très jeunes enfants à la maison : « C’est vrai, Hachem, je n’ai pas ouvert de Séfarim Je n’ai pas ajouté d’heures de Téhilim… Mon rôle est maintenant de savoir comment vivre, Mon foyer est mon limoud, mes enfants mes
Soukot et ma compétence à recevoir

Soukot et ma compétence à recevoir 12/09/2025 L’image qui me vient spontanément lorsque la fête de Souccot approche est celle de l’étreinte d’Hachem envers chacun de nous. Mariacha Drai expliquait que la Soucca, avec ses trois murs obligatoires, forme kavya’hol le corps, le bras et l’avant-bras d’Hachem nous enveloppant…Après ce parcours de rapprochement entre Hachem et Son peuple, voici venue la fête de notre étreinte. C’est magnifique… J’ai souvent pu être étonnée devant la différence flagrante de réaction des personnes recevant un cadeau, un compliment ou tout autre apport agréable extérieur.Il y a celles qui accueillent cet élan venant d’autrui avec bonheur, éclats de paroles et de joie, directement connectées et en phase avec ces ondes de générosité qu’elles interceptent les bras grands ouverts. D’autres sont étonnées, réservées, même peut-être méfiantes et un brin tristes ou déçues devant ce mouvement extérieur vers elles (pas assez, trop pour elles, évitements, etc.).Enfant et jeune, je pensais que c’était les circonstances qui séparaient ces deux types de personnes (valeur du cadeau, pertinence du compliment, lien avec la personne qui offre, etc.) et ce constat me désolait. J’ai compris que cette première lecture se cassait rapidement la figure et que c’était une excellente nouvelle !! Dans ce micro-comportement du moment M de l’accueil du cadeau se cache en fait notre intime disposition à recevoir. Du dessous du chapeau, imperceptiblement, se hissent des pensées à peine audibles nous permettant ou empêchant d’accueillir avec délectation ces élans extérieurs.Ici se cache le champ à labourer, semer, pour voir fleurir en nous cette ouverture, cette compétence à recevoir. Et oui, car recevoir, ça s’apprend ! La balle est dans notre camp !Nous ne sommes pas égales devant l’acquisition de cette compétence et chacune, là où elle se trouve, sera bEzrat Hachem son agricultrice soignée. Hachem nous aime, puissions-nous toutes profiter de cette fête avec délectation bEzrat Hachem. Sarah Lahmi
Du Cercle au Carré…

Du Cercle au Carré… 25/08/2025 Quel rapport, demanderez-vous à juste titre, peut-il bien y avoir entre un cercle, un carré et le mois d’Elloul… ? Je vous assure pourtant que l’essence de ce mois de préparation réside dans la différence que l’on aura établie entre ces deux figures puis dans le passage que l’on se sera frayé de la première à la seconde… Pour vous en convaincre, je vous propose de me suivre au cœur de ce voyage délicieux et palpitant que nous avait offert Rav Théodros Miller chlita à Gateshead, il y a exactement trente ans et qui a largement inspiré ces lignes ! Dans l’alphabet hébraïque, la forme de chaque lettre a un sens profond et suscite une interprétation particulière. Or, pour le Midrash (Béréchit Rabba 17, 9), le Satan est assimilé à la lettre Samekh. Comment comprendre ? Le Samekh est représenté par un cercle, que l’on peut qualifier de prévisible. En effet, suivant la courbe à peine entamée, je peux savoir que le résultat sera un cercle. Est-ce le cas du carré ? Non ! Le carré est totalement imprévisible, réservant au moins trois surprises car je change autant de fois de trajectoire… F L’arme du Satan est le Samekh, le cercle, la routine, ce cycle imperturbable que représente à nos yeux la Nature immuable (Téva) qui nous sert de cadre et se trouve être le sceau (tabaat) du Satan. Cette Nature (Hatéva) dont la valeur numérique est bien Elokim (86) car elle est l’œuvre sublime du Créateur, mais qui peut nous enfermer et nous engloutir, car on peut hélas s’y noyer, comme le suggèrent son étymologie (litvoa, se noyer, mais aussi tabaat, un anneau) ainsi que ces mots du prophète Yéchaya (1, 18), interprétés par le Yalkout : « Vos fautes fussent-elles comme shanim, elles peuvent devenir blanc comme neige ! » : shanim, ce sont ces années suivant un mouvement circulaire, répétitif, récurrent et prévisible permettant et expliquant la faute. Les hommes se rassurent à la pensée que le soleil qui s’est levé hier et aujourd’hui, n’aurait pas de raison de ne pas le faire demain. Les hommes s’oublient et s’endorment dans cette nature cyclique immuable et ronronnante environnante. Les jours et les saisons reviennent de façon prévisible, les oiseaux chantent au même moment chaque jour, et l’on se laisse bercer par le bruissement du vent dans les feuilles, la fine pluie qui tombe, la danse répétitive des vagues ou le murmure régulier des ruisseaux… Indubitablement, sans le Téva, ce cycle confortable et cette permanence rassurante de la Nature, les humains mèneraient une vie hystérique, chaotique et complètement déséquilibrée ! Un coucher de soleil au cœur de la journée ou une nuit interminable, mais également une journée sans fin ni possibilité de repos, de la neige en plein été, les arbres qui cessent de pousser, les marées de monter et de descendre, les oiseaux de chanter ou les étoiles de briller, ne sont que des exemples de situations potentiellement très anxiogènes et nous ne pouvons que déborder de gratitude envers Hachem pour cet ordre établi, prévisible et rassurant qu’est la Nature environnante. Toutefois, ce même Téva nous confronte tout autant aux dangers de la perte de la conscience de notre dépendance envers Hachem, de l’omission du Régisseur à l’origine de toutes ces lois et de l’oubli du tout premier des Treize Fondements de la Foi de Maïmonide, à savoir « qu’il y a un Créateur, un Guide qui, à Lui seul est responsable de toutes les créations et créatures, au passé, présent et futur ». Sans shanim, ce cycle trompeur et aveuglant, la faute n’aurait pu trouver ici-bas une quelconque place. La main de Hachem aurait été ostensible et Sa domination sur le monde incontournable. Si Hachem a créé ce monde de répétition, un réel challenge pour l’homme, c’est pour permettre aux humains d’écrire leur histoire, de Le rechercher, de cheminer sur cette voie passionnante de l’illusion, de la réflexion et de la découverte. Car l’homme qui recherche Hachem Le trouve ! Hélas, le Satan, épaulé de ses sbires circulaires que sont les astres responsables du passage du temps (le soleil et la lune notamment), endort et engourdit notre faculté d’entendement : nous oublions que Hachem recrée le monde à chaque instant, car la répétition (choné) que nous trouvons dans le renouvellement des années (chana) engendre irrévocablement le sommeil (chéna), si nous ne nous mobilisons pas à l’action… En Elloul et à Roch Hachana, le réveil qui accompagne les sursauts de notre repentir s’opère sous l’action du Shofar, nous exhortant à la Téchouva, dans ces mots du Rambam (Hilkhot Téchouva 3, 4) : « Réveillez-vous, dormeurs, de votre sommeil ! Et vous, engourdis, sortez de votre torpeur et scrutez vos actions pour revenir à la Téchouva et vous souvenir de votre Créateur ! Je m’adresse à vous qui oubliez la vérité sous l’action du temps et qui gaspillez vos années pour des vanités absolument inutiles ! » L’appel du Shofar est donc destiné à nous réveiller, à rompre le cycle infernal pour apporter un élément nouveau, un changement de cap : la Téchouva. Si la faute et le Satan sont assimilés au cercle, le repentir sera schématisé par un carré et c’est certainement en cela que le son du Shofar est censé troubler le Satan… Avez-vous remarqué que la Nature, faite de cercles et spirales (galaxies, coquillages), de courbes, de formes curvilignes (croissance des plantes, rivières) et de cycles (saisons, orbites), ne comporte pas d’élément carré (Talmud de Jérusalem, Maasrot, ch. 5)? C’est bien l’intervention humaine, en « carrant le cercle », qui introduit une géométrie plus abstraite, plus conceptuelle. Les hommes ont bâti des villes avec leurs rues perpendiculaires, une agriculture en parcelles régulières et une architecture aux angles droits. Or, bien au-delà de cette domestication de l’espace naturel, nous décodons peut-être ici, précisément, la mission humaine : briser le cercle du Téva, s’impliquer et imposer son carré. Et c’est là, également que se niche le message de Roch Hachana ! Difficile de concevoir qu’un cercle ait un début ou une fin. Difficile logiquement d’imaginer qu’une année, représentée par un cycle, ait un début. Et pourtant, Roch
Eloul, être face à soi, devant Hachem

Eloul, être face à soi, devant Hachem 25/08/2025 Salle de classe immense, épurée… Silence absolu des étudiantes tendues … Des consignes particulières faces cachées seront distribuées sous peu par les examinateurs. Elles ne pourront être retournées sur chaque bureau qu’à 08h30 précise !! Une consigne personnalisée, choisie pour chacun avec une précision déconcertante à découvrir … Je la découvre enfin: *ma* consigne. Pas celle de ma voisine du rang de devant, ni celle du rang derrière. La *mienne*… Je la lis d’un trait et il me semble que je déglutie difficilement. Je sue à grandes gouttes. Il y a erreur ! Je quitte rapidement ma chaise pour m’élancer vers les examinateurs. « Il y a sûrement erreur !! Ce n’est pas la consigne à laquelle je m’attendais ! ». Ils restent silencieux et m’indiquent calmement de retourner à mon bureau. Les autres étudiantes semblent sereines pourtant… Il n’y a apparemment que moi qui tente fébrilement de trouver une échappatoire, une issue. Pas cette consigne ! Pas cette consigne ! Sarah semble bien plus calme en lisant la sienne. Tsipora sourit même. Plus loin dans la salle, j’observe Mihal bien énergique en train d’écrire déjà frénétiquement sur les feuilles blanches. J’aimerais tant être à leurs places… Je reste seule face à ces mots devant moi.. J’aurais tant voulu avoir les qualités de Hessed de mon amie de droite, le côté terre à terre et pragmatique de ma cousine, l’intelligence aiguisée de ma sœur… Je suis prise de vertige mais je me ressaisis : il s’agit ici de la consigne du Maître du monde ! Mon Créateur a peint avec exactitude et amour la personne que je suis ! Tous ces détails qui me composent viennent de Lui ! Il a confiance en moi et m’a donné exactement les éléments dont j’ai besoin, ceux avec lesquels je suis en mesure de travailler ! Cette pensée me rassérène profondément. Comment n’y avait-je pas pensé plus tôt ? J’aurais le bonheur de découvrir mes forces, le courage de regarder mes failles, le plaisir de voir combien les premières réparent les secondes, la joie de sentir la proximité d’Hachem pour moi dans le choix de chaque élément. Il s’agit du jardin secret que je parerai de mille fleurs colorées, d’oiseaux, de sources fraîches. Eloul arrive. Le mois pour être face à soi. Cette cartographie de l’assemblage précis qui nous compose, décidée par Lui Seul. Ce sont nos outils, nos atouts, nos forces mais également nos zones d’amélioration, nos blessures à soigner qui y sont inscrites. Il s’agit également de notre enfance, de notre histoire, la famille que nous construisons, les personnes que nous rencontrons, leurs personnalités, notre cadre de travail… En Eloul, il est temps d’être face à soi, avec tout le courage et la vulnérabilité que cela demande, pour s’avancer vers Hachem avec vérité, authenticité. Avec fougue aussi pour œuvrer pour ce jardin à fertiliser ! Sarah Braha Lahmi: Parabole inspirée d’un texte du Sifté Hayim
Le mois de AV

Le mois de AV 30/07/2025 Le mois est Av est un mois particulièrement fort, plein de contrastes. La tristesse profonde liée à la Ché’hina qui s’est éloignée laissant flammes et désespoir côtoie un espoir merveilleux de rédemption finale, la Guéoula. Au plus profond de l’obscurité se cache la promesse d’une lumière éblouissante, la venue du Machia’h. Un verset de Yeshaya Hanavi décrit la promesse d’Hachem au temps de Machia’h. Toute souffrance morale et physique disparaîtront. ישעיהו כ »ה ח׳ בִּלַּע הַמָּוֶת לָנֶצַח, וּמָחָה ה’ דִּמְעָה מֵעַל כָּל-פָּנִים; וְחֶרְפַּת עַמּוֹ יָסִיר מֵעַל כָּל-הָאָרֶץ, כִּי ה’ דִּבֵּר. « La mort sera engloutie à jamais, et Hachem essuiera les larmes de tous les visages ; Il enlèvera l’opprobre de Son peuple de toute la terre, car c’est Hachem qui a parlé. » Le Arizal, sur le mot דמעה, larme, écrit qu’il a la même valeur numérique que le mot מועד, fête, moment de joie par excellence. Il explique que toutes les larmes liées à la souffrance, la tristesse, les difficultés seront transformées, au temps de Machia’h, en joie, en bonheur. Les מפרשים sont pourtant étonnés: le mot דמעה n’a pas la même valeur numérique que le mot מועד… L’un fait 119, l’autre 120… Comment le Arizal peut il avancer cela? Ils nous expliquent alors: il y a une façon d’établir un parallèle entre deux valeurs numériques de mots en y ajoutant le כולל d’un des deux, c’est à dire l’entièreté du mot (un mot: 1). Ainsi מועד de valeur numérique 120 a la même valeur numérique que דמעה de valeur numérique 119 à qui le כולל (la valeur du mot: 1) a été rajouté. Vous me suivez? Cela reste étonnant. Pourquoi cet arrangement ? Ne pas comparer ces deux mots aurait été plus simple et juste, non? Le rabbi de Loubavitch explique qu’une דמעה est l’expression humaine d’une tristesse, d’une souffrance. Elle ne peut être comparée aux émotions liées à une fête, un מועד où tous les visages sont radieux, lumineux. Pourtant, si l’être humain pouvait se hisser et avoir une vision entière du projet d’Hachem du début de la création du monde jusqu’à la fin des temps, alors ses larmes pourront d’un coup s’assécher, il serait apaisé. Les êtres humains ressentiraient par cette vision entière une compréhension qui découlerait sur une joie profonde. Tout deviendrait clair, limpide et compréhensible. Cette vision entière est soulignée par la vision qu’apporte le כולל, cette façon d’inclure l’entièreté du mot. Ainsi le mot larme, דמעה, doté du כולל, de cette vision globale, immense et entière, a la même valeur numérique que le mot מועד, un temps de joie profonde. Que puissent très rapidement, au son du grand Choffar, s’assécher toutes les larmes et les sourires se déposer sur tous les visages du Klal Israël ! Sarah Braha Lahmi: Texte inspiré par un Chiour de Rav Y.Y. Yakobson
De la haine … gratuite ?

De la haine … gratuite ? 30/07/2025 Chaque année, alors que nous approchons de Ticha Béav, nous rappelons à nos mémoires que le Second Beth Hamikdach (Temple) fut détruit ce même jour en raison de la sinat h’inam (haine gratuite) et que ce n’est que lorsque nous aurons éradiqué ladite haine de nos cœurs que nous mériterons la fin de cet exil près de deux fois millénaire et précipiterons la Délivrance. Or, en y réfléchissant, je m’interroge souvent, incrédule : Existe-t-il vraiment une haine qui soit gratuite ou infondée ? Indue ? Fantaisiste ? En toute franchise, avons-nous déjà croisé quelqu’un pour la première fois et décidé que, n’aimant pas la façon dont elle arrange ses cheveux ou porte son sac, nous allons la… détester ? Non ! Quand, hélas, les uns en veulent aux autres et se détestent, ce n’est jamais « pour rien ». Il y a toujours une raison à la haine ! Pourquoi, dès lors, nos Maîtres parlent-ils de haine gratuite ? De nombreuses pistes ont été avancées mais celle que je souhaite partager aujourd’hui avec vous m’a à la fois éclairée et bouleversée par sa justesse percutante… Je la dois à cette parabole (certes, plutôt violente…) du Rav Mattityahou Salomon zatsal que j’ai découverte dans l’un des ouvrages de Rav Yissocher Frand[1] et qui, précisons-le d’emblée, est purement fictive ! Simon, élève en classe de CE2, joue en plein cours avec son stylo à quatre couleurs, s’acharnant sur les boutons pressoirs comme sur des gâchettes, produisant un bruit de crécelle agaçant, le stylo se muant en instrument de torture sonore entre ses doigts, cliquetant et tournoyant dans une danse névrotique… Toutes les quelques secondes, le stylo tombe à terre et l’enfant se déplace, le ramasse et recommence le même jeu… L’agitation et le bruit deviennent très vite insupportables pour l’enseignant qui demande à Simon d’arrêter. L’enfant n’obéit pas. Il continue à appuyer sur les boutons, à faire tourner le stylo, à le faire tomber, à le ramasser. L’enseignant répète alors, avec encore plus de vigueur : « Simon ! Cesse immédiatement de jouer avec ce stylo ! » Mais l’enfant ignore toujours l’injonction de son maître. Il continue son manège, sans s’inquiéter davantage : les boutons, le bruit, l’agitation, le stylo qui tournoie, vole, tombe à terre… et le cauchemar qui semble ne jamais cesser. Soudain, happé par la frustration et l’agacement, l’enseignant saisit l’un des objets se trouvant sur son bureau et le lance en direction de l’enfant perturbateur, le blessant à la main. Or, soit l’objet était particulièrement coupant, soit le coup très brutal : Simon voit son doigt littéralement arraché… Il est transporté d’urgence à l’hôpital mais hélas, rien ne peut être fait pour réparer les dégâts. Le lendemain, les parents demandent à parler à l’enseignant et s’exclament : « Comment pouviez-vous faire une telle chose ? Vous avez mutilé notre enfant sans aucune raison ! » « Oh, ce n’était pas sans raison », répond l’enseignant. « Il jouait avec son stylo ! » « Êtes-vous dingue ? » interrogent les parents, complètement incrédules. « Pensez-vous vraiment que jouer avec un stylo soit une raison valable pour mutiler un enfant à vie ??? » Qui a raison ? Techniquement, le maître n’a pas tort. Il n’a pas agi sans raison. Mais nous savons toutes qu’il est dans son tort le plus absolu. Jouer avec un stylo n’est absolument pas une raison suffisante pour amputer un enfant… : c’est h’inam. Gratuit. Infondé. Insensé. Délirant. Lorsque nos Maîtres nous enseignent que le Beth Hamikdach fut détruit à cause de la sinat h’inam (haine gratuite), ils ne disent pas qu’il n’y a jamais aucune raison à la haine. Il y a effectivement tant et tant de raisons. MAIS, au regard des dégâts que provoque cette haine, toutes les raisons invoquées s’effacent, perdent leur sens et deviennent dérisoires… « Ata Eh’ad, véchimkha Eh’ad, oumi kéamkha Israël goy Eh’ad baarets : Tu es Un, Ton Nom est Un ! Et qui est comme Ton peuple Israël, Un peuple (uni/ unique) sur terre ?! » Ce sont les mots sublimes que nous insérons dans la prière de Minha de Chabat. Notre peuple se construit sur l’unité. Nous ne pouvons avoir le Beth Hamikdach que lorsque tous les systèmes sont opérationnels. Or, lorsque nous sommes divisés, le système est en panneL. Connaissant le prix à payer pour cette haine (qui peut avoir toutes les raisons et justifications possibles), à savoir, la destruction du Temple, nous nous devons de nous interroger : « Cela en vaut-il la peine ? Y a-t-il quelque chose qui vaille le prix de ne pas avoir notre Beth Hamikdach ? De ne pas recevoir Machiah’ ? » Rappelons-nous : si le prix n’en vaut pas la peine, c’est comme un enfant qui perd son doigt pour avoir joué avec un stylo. La prochaine fois que je m’énerve ou me tourmente pour une blessure, une contrariété, une frustration et que je m’apprête à franchir la ligne de la haine, je m’interroge seulement si le jeu en vaut effectivement la chandelle. Suis-je prête à retarder la venue de Machiah’ et le rassemblement de tous nos exilés à travers le monde (en passant par Gaza et l’Iran) parce que je n’ai été invitée qu’à la Houpa et pas à la soirée… ? Nous savons toutes que, malgré toutes les bonnes raisons à nos ressentiments, ces derniers n’en valent pas le prix… car notre peuple chéri souffre trop… Nous nous devons de contribuer activement à guérir nos maux et ne saurions y parvenir qu’en étant unis. Oui, en mettant nos petites frustrations de côté, en enterrant nos jalousies, en focalisant sur la lumière habitant chacun, nous nous présentons à Hachem comme Son Goy Eh’ad , Son peuple uni et unique, et mériterons b’’H d’accueillir notre Machiah’. Alors, Ticha béav sera le plus beau jour de fête de notre calendrier, Amen ! Rabanit Sarah Mimran Léilouy Nichmat Hanna bat Simha. [1] Rabbi Yissocher Frand, It’s Never too Little, It’s Never too Late, It’s Never Enough, 94.
