Ces célibataires qui souffrent du mariage

luxury-wedding-ceremony

Ces célibataires qui souffrent du mariage

« – Woua Anna ! Comment tu vas ? Alors le mariage ?!! » lança Jenny à son amie qu’elle rencontra peu après son mariage.

  • Eh bien ! Ça va, écoute ! On essaye de s’habituer… répondit Anna de façon évasive.
  • Qu’est-ce que tu veux dire par là ? s’enquiert Jenny.
  • Je t’avoue que quand on s’est habitué à vivre sa petite vie tranquille sans avoir à prendre en compte ni l’avis de l’autre ni sa façon d’être et de vivre, ce n’est pas si simple de devoir du jour au lendemain rentrer chez soi et être en permanence confronté à l’autre. »

Il y a ces couples qui, au lendemain du mariage, réalisent qu’ils sont mariés !

Jusque-là, c’était une belle romance : on préparait le mariage, on s’appelait et se voyait quand on en avait envie et puis quand on avait besoin de souffler, on se mettait en retrait. On profitait encore de cette souplesse du célibat. On pouvait appeler des copines spontanément pour se faire une soirée sans besoin de planifier avec quelqu’un. On pouvait traîner au lit, manger des céréales en guise de « repas petit-déj » après s’être levée le dimanche à 13 h. On pouvait gérer son emploi du temps au rythme de ses obligations propres et de ses seules envies. On pouvait oublier de faire sa lessive pendant une semaine sans que quelqu’un nous dise : « Chérie, je n’ai plus rien à me mettre. » On pouvait se faire une journée de shopping sans penser que nos dépenses exerceraient une influence sur le budget du foyer. On pouvait partir en Chabbat plein 3 semaines d’affilée. On pouvait être triste, heureuse, en colère, maniaque, nonchalante, lunatique ou de mauvaise humeur à la maison sans que ça n’empiète sur nos relations extérieures.

Et puis, est arrivé le mariage et la vie s’en est trouvée bouleversée !

À partir de là, on s’est retrouvé face à notre conjoint. Au quotidien. Les courses, la répartition et l’accomplissement des tâches ménagères, la place qu’on peut accorder à notre travail, la gérance du budget, les sorties du week-end, les vacances, l’aménagement de notre appartement… tout est devenu sujet à réfléchir et à vivre à 2. Et même au-delà de l’aspect technique de la vie, on a dû faire face à la personne de l’autre. Au quotidien. Son caractère, ses bonnes ET ses mauvaises habitudes. Ses tics et aussi ses tocs. Ses goûts et ses envies parfois complètement opposés à soi. Et enfin, face à notre époux, on s’est découvert soi-même. Au quotidien. On a compris ce qui pouvait me rendre heureuse ou ce qui pouvait m’exaspérer au contact de mon mari ; ce qui me boostait mais aussi ce qui me figeait dans la vie à 2 ; ou bien encore les comportements de mon partenaire que j’admirais et ceux qui me tapaient sur le système.

Et dans tout ça, après quelques mois de mariage, j’ai senti que le mariage pesait lourd. Parce que la vie de couple demande de l’implication quotidienne à l’intérieur de son foyer. Rien à voir avec la frivolité de la vie d’un célibataire.

C’était tellement difficile de gérer tout ce que je découvrais et tout ce que je devais apprendre à gérer à la fois, que j’ai commencé à baisser les bras et à penser que le mariage, qui, dans notre Torah, est le centre de la vie d’un juif, était une charge terrible. Mais pourquoi ?

Ma chère femme mariée, tu as pu ressentir cette explosion dans ta vie de couple. Rassure-toi. Tout le monde passe par là. Parfois, cela arrive dans la première année de mariage et quelques fois cela peut arriver même plusieurs années après être passé sous la houppa.

Le chemin pour s’élever ensemble

Le Ramhal nous apprend que l’être humain a été créé pour se parfaire et devenir à l’image de Hachem, entièrement TOV c’est-à-dire complet. Avec la Torah, la chose qui va nous permettre au mieux de nous parfaire est le mariage. En effet, la confrontation permanente à notre conjoint, le travail que cela demande pour arriver à se comprendre, à se faire comprendre, à parler un même langage et à construire le « nous » de notre couple, va nous élever tout au long de notre vie au plus haut degré de perfection.

Le passage du célibat au mariage**,** c’est tout simplement le chemin qui mène de l’autosuffisance qui fige une personne à la connexion avec l’autre qui leur permet de s’élever personnellement.

Alors, si le but du mariage peut amener tellement loin un couple dans son perfectionnement, pourquoi ressentons-nous parfois celui-ci comme un poids pesant sur nos épaules ?

Lorsque la Torah nous dit : « Et elle sera une aide face/contre lui », elle vient nous apprendre que le mariage est une aide à coup sûr pour la progression du couple. Cependant, mari et femme peuvent choisir comment ils vont vivre cette aide. Soit, malheureusement, ils vont rester dans ce sentiment que la vie à 2 est pesante et le quotidien va devenir oppressant. Tellement oppressant que parfois, l’un des conjoints va chercher à fuir au maximum la vie de couple en sortant avec des amis trop souvent ou en se réfugiant dans son travail bien au-delà de ce qu’il faudrait. Ils vont ainsi rentrer dans un cercle vicieux : plus ils chercheront à fuir la vie de couple, moins ils construiront leur couple et plus ils auront envie de la fuir.

La deuxième option serait que chaque conjoint accepte la confrontation quotidienne avec tout le travail que cela demande afin de construire cette entité commune, le « nous » qui choisit ensemble la décoration d’intérieur qui leur ressemble, qui projette des vacances qui les satisferont, qui éduque leurs enfants selon un avis qu’ils ont réfléchi ensemble. Et ainsi, ils enclencheront un cercle vertueux parce que plus ils travailleront à vivre ensemble et à réfléchir ensemble**,** plus ils se comprendront et prendront du plaisir à partager leur vie.

Transformer le pesant en réconfortant !

De manière pragmatique, pour pouvoir enclencher le cercle vertueux de la construction de couple :

  • Il faudra s’efforcer de partager un maximum de temps avec son conjoint sans téléphone, sans famille, sans amis. Pour cela, il faudra prendre un moment chaque jour pour discuter, passer un maximum de Chabat chez soi et envisager des sorties ou des vacances où on pourra se retrouver. Cela ne veut pas dire, bien sûr, de vivre en autarcie. Cela veut dire simplement ne pas vivre accrochée au téléphone avec sa mère H24 ou être en permanence en compagnie de la famille ou d’amis.
  • Il faudra s’efforcer que nos emplois n’empiètent pas sur les heures où nous devrions passer du temps ensemble. Pour cela, il est vital d’établir des limites claires en accord avec son conjoint.
  • Il faudra développer de l’intérêt et de l’admiration pour l’autre même si ses tendances et ses approches ne sont pas toujours calquées sur les nôtres.
  • Il faudra se soutenir, être compréhensive et se permettre de se changer quelques fois les idées en prenant soin de nous ou en sortant avec des amies.

Il y aurait encore beaucoup à conseiller pour enclencher sa vie maritale de façon optimale. Néanmoins, chères lectrices, à partir du moment où vous commencerez à travailler sur ces quelques points, vous vous serez déjà créé un accès : ressentir combien vivre à 2 est réconfortant et non plus pesant !

Yéhoudit Lahmi

Madrikhat kala