Combattre Haman pour être heureux ensemble

couple

Révélation : Ce Haman qui est en nous !

Assise avec ma meguila dans les mains, j’écoute avec attention la lecture du Rav en suivant du doigt. De sa voix, la même histoire se dessine de nouveau dans mon esprit. L’histoire de notre peuple perdu parmi un autre peuple et visé par la machination d’un être malfaisant : Haman !

On tape des pieds, on tourne les crécelles, on chahute. Il faut effacer son nom !

Pourtant, cette année, en suivant la lecture de la méguila, un écho plus profond résonne en moi…Comme si, un Haman pouvait se trouver en chacun de nous et qu’il fallait le pointer du doigt. Comme si Haman possédait un trait de caractère particulier qui pouvait aussi nous atteindre intérieurement…

Ce pourim, un paragraphe de la méguila me frappa brusquement : « Et Haman leur raconta la splendeur de sa fortune et la multitude de ses enfants ; comment le roi l’avait distingué et élevé au-dessus des grands et des officiers royaux. Et Haman ajouta : Bien plus ! Je suis le seul que la reine Esther ait invité avec le roi au festin qu’elle a préparé (…) Mais tout cela est sans prix à mes yeux, tant que ce juif Mordéhaï est assis à la porte (et qu’il ne se prosterne pas à moi) »

(Chap 5, versets 11-13)

Haman est un homme comblé à tous les niveaux : richesse, enfants, pouvoir. Et étonnamment, ce même homme n’accède pas à la joie !! Et pourquoi ? Parce qu’une seule personne refuse de se prosterner à lui !

Ce qu’Haman vient nous mettre en lumière est qu’il est possible de se rendre malheureux soi-même alors que nous possédons bon nombre de points positifs dans notre vie.

Haman à travers la méguila clame « Oui ce détail obscurcit ma magnifique vie et m’empêche d’accéder au bonheur. Je souhaite changer cette réalité : changer l’attitude de ce juif. Et si ce n’est pas possible je dois le faire disparaitre !».

Haman n’est pas celui qui fait le choix de grandir au travers de la réalité qui se présente à lui. Il est vide de confiance en un Etre supérieur qui organise la vie de chacun en fonction de son besoin. Haman est celui qui veut façonner la réalité telle que sa petite personne le conçoit. Mais,inévitablement, cette manière d’envisager la vie le fait courir à sa propre déchéance…

Parallèle : Ce Haman qui se retrouve dans certains couples

Ce pourim, en entendant ce passage, je réalise avec émotion que si cette attitude est reportée à l’intérieur même d’un couple, les conséquences pourraient en être terribles…

Naama et Daniel s’était mariés jeunes, grâce à D. Ils avaient tous les 2 un bon métier en main, ils vivaient avec aisance et leur famille s’était rapidement agrandie d’enfants en parfaite santé.

Pourtant. lorsqu’on rencontrait Naama ou Daniel, il semblait toujours que quelque chose n’allait pas comme il faut. La tension était palpable entre eux à tel point qu’ils firent un jour le choix d’en parler à un thérapeute de couple imprégnés de crainte du ciel.« Nous ne sommes pas heureux ensemble, commença Daniel » « J’aurai tellement aimé avoir un mari qui me gâte instinctivement ! » continua Naama. Vous savez, ça existe ! 

« J’ai une copine, son mari lui organise des soirées et des voyages de folie ! Et puis, j’aurais tellement adoré que Daniel aime le sport, ça lui aurait permis de garder sa ligne. Et je vous avoue que je souffre de voir l’embonpoint de mon mari… ». Daniel baissa les yeux et poursuivit « C’est un peu comme ta manière de t’habiller que j’ai toujours trouvé un peu excentrique. C’est vrai, j’aurai préféré une femme classique et discrète. Sans parler de ton envie de toujours sortir et faire les choses à 100 à l’heure. Je rêve d’une femme plus posée qui prend du temps pour faire de bons petits plats à sa famille ! »

Le Rav osa : « Cela me rend triste que certaines de vos envies ne se trouvent pas en la personne de votre conjoint. Mais une question me perturbe : N’y-a-t-il rien d’autre que vous admirez chez votre partenaire ? »

« C’est sûr qu’il a quand même des bons côtés, rav ! mais comparé à tout ce que j’espérais de mon mari…ça ne fait pas le poids ! » s’exclama Naama. « Vous savez, Rav, c’est plein de petits détails, certes, mais à long terme c’est pesant et on a du mal à aimer l’autre…» ajouta Daniel.

« Pour vous 2, le bonheur serait, en fait, que l’autre soit exactement façonné comme vous le rêvez ? Ce serait le point primordial qui vous ferait l’aimer ?» déduit le Rav. 

« Vous avez un peu grossi les choses, mais oui nous aimerions que l’autre ressemble un peu plus à ce que nous imaginons » répondit Naama.

La discussion se poursuivit avec un problème majeur : Naama et Daniel ne comprenaient pas ce qu’était la base de la construction de couple.

Se marier avec l’autre ne signifie pas se marier avec son fantasme. Vivre quotidiennement avec son mari ou sa femme ne signifie pas exiger qu’il agisse et devienne celui qu’on aimerait aimer.

Lorsqu’un couple refuse d’accepter sa réalité et notamment la personne qu’il a épousée, il détruit lui-même ses propres possibilités de s’unir à l’autre, de l’aimer et d’être heureux avec lui/elle.

Lorsque, comme Haman, les époux exigent que la réalité s’adapte selon leurs fantasmes, chaque geste ou comportement du conjoint qui ne sera pas adapté à ce fantasme sera source de tensions, d’amertume et d’exigences par l’autre.

Et même pour un seul petit détail ce couple pourrait en venir à remettre en question leur propre relation. Car malheureusement, en se mariant, ils n’ont pas épousé leur mari/femme mais eux-mêmes. Ce genre de couple refuse de faire exister l’autre. Ce qui existe ce sont leurs propres besoins et le mari ou la femme dont il ou elle rêverait !

Retour à la réalité : combattre Haman !

Or, le mariage n’offre la possibilité à un couple de se construire et de grandir ensemble que si chaque partie réalise et a confiance dans le fait  que la personne qu’elle a face à elle, est la plus adaptée à elle. C’est l’acceptation de l’autre comme m’étant destiné par Hachem pour réaliser ma mission sur Terre, qui donnera la possibilité à chaque couple de grandir, de s’aimer et d’être heureux ensemble.

Autrement dit, pour réussir à se construire en tant que couple et se donner une possibilité d’être heureux en couple, il faut combattre l’attitude d’Haman qui se trouve en nous :

– En faisant rentrer la confiance en D dans notre vie de couple : nous sommes chacun le plus adapté à l’autre.

– En acceptant qu’il n’est pas forcément ce que j’aurai aimé qu’il soit : il est lui et je dois aimer sa personne !

– En acceptant qu’il existe avec son propre caractère, ses pensées, ses actes et ses décisions.

– En acceptant que tout ne peut pas me plaire en lui : mon travail est de le respecter et non de le transformer.

– En me focalisant sur les points que j’admire en l’autre.

– En décidant de grandir grâce à sa différence.

– En apprenant de ce que j’aurai souhaité à la base changer chez l’autre.

Pour Naama et Daniel, l’entrevue avec le thérapeute a été un tournant dans leur vie. Séance après séance, ils ont appris ce que signifiait le mariage et l’opportunité qui s’offrait à eux lorsqu’ils s’acceptaient tels qu’ils étaient. 

Des années plus tard, Daniel regardait Naama en souriant : « J’aime ta façon de vivre à 100 à l’heure, j’ai l’impression que tu gères tout avec tellement d’enthousiasme ! » et Naama de répondre « Pour ma part, j’avoue que ton calme me permet de ne pas me perdre dans ce tempérament que j’ai ! ».

Tout était maintenant clair : qui est l’homme riche (construit) ? Celui qui est heureux de son sort (qui comprend que les paramètres de sa vie lui permettent de réaliser ses potentialités!) 

Yéhoudit Lahmi

Madrikhat Kala