Le pouvoir du Pardon…et de savoir pardonner !
- 16/09/2025
Quand la rancune éloigne les époux…
« Pourquoi n’a-t-il pas réagi quand sa mère m’a contredite devant notre fils ? » pensa amèrement Batya.
« Elle s’est encore mise à me faire la morale devant les enfants en disant que je n’étais pas un exemple » songea David tristement.
« Je suis terriblement peinée qu’il ne comprenne pas la difficulté que je traverse en ce moment » se répéta Léa pour la énième fois.
« Comment peut-elle me reprocher de ne pas être à la hauteur en ce qui concerne notre subsistance ? » s’affligea Yaacov.
Incompréhensions, humiliations et non-dits créent dans un couple un fossé qui les éloigne l’un de l’autre. De ces conflits qui ne sont pas résolus, de ces ressentiments qui ne sont pas mis à plat, un couple porte au plus profond de lui une souffrance sourde qui entretient une rancœur antinomique avec leur lien.
Le pardon et pardonner : la clé pour une dimension relationnelle plus élevée
Mais alors que certains traversent la vie en accumulant les motifs de rancune envers leur conjoint, nourrissant ainsi une distanciation affective, s’offre à d’autres un niveau d’élévation dans leur relation maritale extraordinaire. La clé qui donne accès à ce niveau s’appelle le pardon.
Cette clé merveilleuse nous a été donnée peu après la faute du veau d’or. En effet, tandis que les jours du mois d’Elloul défilaient, notre maître Moshé suppliait Hachem d’accorder le pardon à son peuple au sujet de la faute du veau d’or ! Plus tôt, Hachem avait voulu effacer ce peuple qui, peu de temps après le don de la Torah, avait vite fait de se tourner vers des idoles. « J’effacerai ce peuple et ferai de ta descendance un nouveau peuple à qui je donnerai ma Torah » parla Hachem. Mais Moshé refusa. La faute du peuple était certes d’une immense gravité, mais Moshé ne se laissa pas démonter : le mariage du peuple d’Israël avec Hachem lors du don de la Torah ne pouvait pas s’effacer. Il pria et implora le pardon divin jour après jour. Enfin arriva le jour de Kippour : « J’ai pardonné selon ta parole » déclara Hachem à son fidèle serviteur. S’ensuivit une nouvelle écriture des tables de la loi pour sceller le lien entre Hachem et son peuple et concrétiser le pardon total.
De ce passage de notre Torah, Hachem nous dévoile un double secret : lorsque dans une relation arrive un conflit, pour en sortir renforcés, il faut savoir demander pardon et pardonner ! Ces 2 démarches sont indispensables pour en sortir grandis. En effet, d’un côté, le pardon donne à l’autre la considération du mal qu’on lui a fait, ce qui l’apaise. D’un autre côté, le fait de pardonner retire l’amertume qui gèle la relation. Ainsi, après un conflit ou un ressentiment, en commençant par demander pardon et/ou en pardonnant, la discussion pour éclaircir nos difficultés devient saine et bénéfique. Le couple se place automatiquement dans un état de construction et non plus de destruction.
Dire pardon simplement pour recréer du lien
Dit, de cette manière, cela semble simple alors qu’en réalité, un problème se pose en amont : qui doit dire pardon et qui doit pardonner ? Qui a raison et qui a tort ? Qui a causé du tort et qui a été victime ?
Malheureusement, bien des couples restent figés dans leurs rancunes : « Ce n’est pas à moi de faire le premier pas, c’est elle qui m’a blessé ! » « Pourquoi lui demanderais-je pardon ? C’est lui qui a provoqué cette dispute ! »
Là où ils font erreur, c’est que le pardon n’est pas là pour prouver qui est le coupable et plaindre la victime. Le pardon est là pour faire tomber les barrières dans un couple créées par la colère, la peine et la rancœur. Le pardon est le premier pas qui prouve à l’autre qu’on l’aime et qu’on souhaite rétablir une unité.
« Dire pardon lorsqu’on a tort c’est normal, mais dire pardon quand on a raison c’est prouver combien on aime l’autre » nous dit Rav Benchétrit.
Alors oui, nos sentiments de peine et de colère doivent auparavant s’apaiser un peu pour faire ce premier pas. Cependant, si notre but dans la vie est de vivre en harmonie avec notre moitié et non pas de sauver son ego, au fur et à mesure des années, les époux comprendront que demander pardon, c’est prouver son attachement à l’autre et non pas à sa propre personne.
Quand savoir pardonner peut construire ou détruire…
Il m’est arrivé d’être spectatrice d’histoires vraies qui montraient clairement que lorsqu’un des conjoints acceptait ou refusait de pardonner, cela avait un impact considérable sur la tournure de leur relation affective. En voici 2 (Les noms ont été changés pour l’article).
Eden et Yonathan étaient au bord du divorce. Leurs discussions devenaient des listes d’accusations et de reproches. L’un et l’autre ne voyaient plus qu’une personne étrangère face à eux et se demandaient même comment, un jour, ils avaient bien pu s’aimer ! La femme se confia à une de ses amies, cette dernière l’interrogea : « Lui as-tu demandé pardon et proposé de repartir sur de meilleures bases ? Finalement, que souhaites-tu quand ces disputes continuent ? Tu veux réellement te séparer de lui ou VOUS accorder une chance en lui pardonnant ? ». Ces phrases secouèrent Eden. Au fond d’elle, elle ne souhaitait pas la tournure des événements qui, avec du recul, avaient pris des proportions démesurées qui menaçaient son mariage. Mais les blessures personnelles l’avaient flouée. Au lieu de faire le premier pas pour éclaircir ses ressentiments et résoudre les problématiques avec Yonathan, elle avait préféré se noyer dans sa douleur. Elle décida de casser son ego et de demander pardon à son mari juste pour rétablir le lien et lui montrer qu’elle tenait encore à lui. Yonathan, profondément touché, comprit le message : il y avait entre eux encore de l’amour, encore une envie de se construire et d’avancer. Dire pardon avait été comme une proposition de tourner la page et de la laisser derrière eux pour toujours. Dans leurs cœurs, ils se pardonnèrent mutuellement et entamèrent de nombreuses discussions pour comprendre la source de leur conflit et les solutions qu’ils pouvaient trouver ensemble.
Ce ne fut cependant pas le chemin que choisirent Marc et Julie. Marc, longtemps accusé de donner trop la priorité à ses parents par Julie, comprit qu’il devait demander pardon pour sauver son couple. Julie accepta à condition que. Marc, prêt à tout pour retrouver une relation véritable avec sa femme, accueillit avec volonté condition après condition. Les mois passaient, et les conditions au pardon se multipliaient : « à condition que tu ne me forces plus à aller chez tes parents », « à condition que tu n’amènes plus nos filles chez eux », « à condition que tu ne leur parles plus »… En réalité, Julie ne pardonnait pas. Elle cherchait simplement à profiter de son état de « victime » pour manipuler son mari à sa guise… pour se sentir exister, ELLE, au prix de son couple. Marc comprit que, sans une réelle volonté de sa femme de pardonner et de penser à eux, ils ne pourraient jamais avoir une relation de couple saine. Malheureusement, elle continua avec entêtement à bloquer la situation. Ils se séparèrent.
Ainsi, rappelons-nous bien de ces versets qui donnèrent naissance au jour le plus saint de l’année : « Pardonne en souvenir d’Avraham, Yitshak et Yisrael » pria Moshé pour obtenir le pardon ; et « J’ai pardonné selon ta parole » proclama Hachem afin de rétablir un lien unique avec son peuple qu’Il n’avait cessé d’aimer. Les 2 démarches sont indispensables.
Chère lectrice, en cette veille de Kippour, donne une nouvelle dimension à ta vie de couple : prends la décision de faire toujours le premier pas pour résoudre un conflit en demandant pardon et/ou en acceptant de lui pardonner.
Tu seras ainsi bénie par cette magnifique phrase entendue à l’occasion d’un cours de la Rabanite Elkrief : « Lorsqu’un des conjoints accepte de demander pardon et/ou de pardonner, il cimente son amour avec l’autre bien au-delà de tout ce qu’il peut imaginer ! Ils deviennent un couple fort, tel un arbre indéracinable. »
Gmah Hatima Tova !
Yehoudit Lahmi
Madrikhat Kala

