Comme elle est belle, Ma Knesset Israël !
- 22/05/2025
Elle était au nadir. A l’agonie. Chancelante et recouverte de boue. De cette fange noiraude qui colle à la peau et vous empêchait de percevoir au-delà, d’entrevoir la finesse et la noblesse de ses traits ou d’apercevoir son regard profondément humain, intrinsèquement bon. Les lourdes corvées auxquelles elle était quotidiennement astreinte et les mœurs obscures et viles de ses maîtres rustres et cruels semblaient avoir eu raison d’elle. De son innocence passée. De son ascendance illustre. De son hygiène irréprochable, sa blancheur immaculée et sa pureté lumineuse -en apparence révolues[1].
Le Roi l’aperçut, et la perçut autre. Chéh’ora… vénava (Chir Hachirim, 1 : 5). Car Il la considéra longuement. Très longuement. Avec tant d’amour, surtout. Il conçut alors sa quiddité, et perça précisément au-delà…
Au-delà des vapeurs nauséabondes qui l’enveloppaient, la délicieuse fragrance de la Foi.
Au-delà de ses geignements dissonants, la mélodie suave de la Prière.
Au-delà de la laideur et de la noirceur répugnantes, l’exquise beauté de la Bonté.
Il la libéra en grande pompe de l’emprise de ses tortionnaires, la baigna dans les eaux asséchées (!) de la Mer Rouge et la déposa ensuite au cœur du désert aride.
Bamidbar.C’est là, dans le néant, qu’Il la demanda en mariage.
Et c’est là, dans la thébaïde, qu’elle se révéla.
Là, qu’elle franchit courageusement le parcours tavelé d’obstacles qui s’offrait à elle.
Là, qu’elle devint la Reine la plus merveilleuse et la plus délicate qui fût jamais : comme elle est belle, la Knesset Israël !
Jour après jour, elle puisa une énergie incommensurable et des ressources insoupçonnées dans le regard de lumière, d’amour et de confiance qu’Il avait posé sur elle.
Jour après jour, avec un zèle, une volonté et une persévérance forçant l’admiration, elle conçut les quarante-neuf parures de son trousseau de Reine, ces robes de bonté, de souveraineté et de beauté, ces tenues d’éternité, d’humilité, de sobriété et de royauté, qu’elle sut coudre avec tant de dextérité, de créativité et de goût. H’essed. Gvoura. Tiféret. Netsah’. Hod. Yessod. Malkhout.
Jour après jour, avec flamme et enthousiasme, avec ses larmes, tant d’émotion et tant de modestie aussi, elle s’appliqua à assortir les teintes à l’infini, à mêler les étoffes d’amour et de rigueur, les étoles de compassion et de splendeur, à multiplier les nuances et décliner les couleurs, à se vêtir de ces toilettes de lumière, à gravir les sept sphères spirituelles de l’univers. H’essed. Gvoura. Tiféret. Netsah’. Hod. Yessod. Malkhout.
Jour après jour, elle espéra, elle aspira, elle soupira.
Jour après jour aussi, elle apprit à offrir ses espérances, ses aspirations et ses soupirs à son grand Roi.
Bamidbar.
A l’instar du désert alentour, elle se vida. De toute attente autre. De toute confiance autre. De toute espérance autre. De toute guidance autre. Elle comprit que plus rien ne comptait ou ne s’expliquait en dehors de la Volonté Divine.
A l’instar du désert alentour, elle eut alors tellement soif. De vie. D’eau. D’amour. De pain et de sens. De drapeaux, d’une mission, et de perfection[2].
Baech.
Dans le désert torride et aride, sa soif se mua en un désir brûlant, en prières ferventes, en braises ardentes, puis en flammes lumineuses qui s’élevèrent vers les Cieux et illuminèrent l’univers.
Il la porta au zénith.
Bamayim[3].
Il la combla et l’arrosa alors littéralement de vie et de bénédictions en lui offrant la Torah ; Il la nourrit du pain de Sa Loi et de la manne céleste, l’installa sous la protection de Ses Nuées de gloire, et l’habilla de perfection en lui accordant des drapeaux et des missions qui correspondraient à chacune de ses dimensions, de ses facettes, de ses ressources : comme elle est belle, la Knesset Israël ! Unique et multiple à la fois, elle est toi et moi, nous tous pour Hachem autant de figures emblématiques, essentielles et lumineuses.
Alors, motivons-nous toutes pour les finitions de nos parures royales (H’essed, Gvoura, Tiféret, Netsah’, Hod, Yessod, Malkhout) et faisons à notre tour le vide de tout autre intérêt, bamidmar, pour nous remplir de cette soif brûlante de proximité avec Hachem, baech.
Puis, retrouvons-nous toutes pour revivre notre Mariage à Chavouot, dans un transport de joie et sous une pluie d’infinies bérakhot, bamayim, comme en 2448, avec les miracles renouvelés de la libération de toute forme d’oppression et le retour de nos frères encore otages, la guérison de tous nos chers malades, la célébration des mariages (heureux) de tous nos célibataires et les annonces joyeuses, en cascade, de très nombreuses naissances, Amen ! Nous chanterons Hachem à l’unisson, interprétant nos partitions avec brio, Lui dédiant la plus mélodieuse symphonie de reconnaissance pour notre merveilleuse Torah, pour Ses miracles et pour la force incroyable qu’Il offre à chacune de nous avec son drapeau, son nom, ses anciens et ses plus jeunes.
Émues, nous entendrons notre Roi s’extasier de nouveau : « Comme elle est belle, Ma Knesset Israël ! »
Hag Saméah !
Léilouy Nichmat Haïm ben Moché et Hanna bat Simha.
[1] Ce paragraphe est inspiré d’un texte de Rav Zekharya Wallerstein, intitulé: « You are Wonderful! »
[2] C’est là la si belle lecture du Sfat Emet (Bamidbar, 5646) sur le Midrash : נתאוו בנ »י לדגלים כמלאכי השרת. Les בנ »י ont aspiré à la perfection qui caractérise les anges durant leur existence (arborant des drapeaux, ces missions claires auxquelles ils sont chacun assignés et qu’ils remplissent à la perfection).
[3] C’est également là la lecture du Sfat Emet (Bamidbar, 5658) sur le Midrash : בג’ דברים נתנה התורה, באש, במים, במדבר. Le feu, qui s’élève vers le haut, matérialise la soif de l’homme à plus de proximité avec Hachem, tandis que l’eau, s’écoulant de haut en bas, représente la bérakha de Hachem, Qui éclaire de Haut en bas.
Rabanit Sarah Mimran

