Elloul, ce mois où l’on regarde à l’intérieur

Il y a ce que les autres voient de notre année.

Les enfants qui ont grandi. Les projets qui ont avancé. Un déménagement peut-être. Un nouveau travail. Des vacances, des fêtes, des moments en famille.

Et puis il y a tout ce qui ne se voit pas.

Les inquiétudes que l’on a gardées pour soi. Les prières murmurées dans des moments où personne ne savait que nous en avions besoin. Les déceptions que nous avons appris à accepter. Les petites victoires dont personne n’a entendu parler. Les fois où nous avons tenu bon. Celles où nous avons eu moins de patience. Les choses que nous aurions aimé faire autrement.

Une année entière de vie intérieure.

Et puis arrive Elloul.

Pas pour nous demander d’effacer l’année écoulée et de tout recommencer.

Mais peut-être simplement pour nous inviter à la regarder.

Où en suis-je vraiment ?

Nous passons une grande partie de nos journées à nous occuper de ce qui doit être fait.

Les enfants. La maison. Le travail. Les rendez-vous. Les repas. Chabbat. Les fêtes. Les parents. Les messages auxquels il faut répondre. Les choses à ne surtout pas oublier.

Nous savons très bien où en est la liste.

Mais savons-nous toujours où nous en sommes ?

Les mois passent vite. Une semaine en entraîne une autre et, presque sans nous en rendre compte, une année entière s’est écoulée.

Elloul nous offre cette possibilité rare : nous arrêter intérieurement quelques instants et regarder l’année qui vient de passer avec sincérité.

Pas avec la sévérité d’un juge.

Avec vérité.

Qu’est-ce qui m’a rapprochée d’Hachem cette année ?

Qu’est-ce qui m’en a éloignée ?

Dans quels moments ai-je été la femme que j’avais envie d’être ?

Qu’est-ce que je regrette ?

Qu’est-ce que j’aimerais faire différemment ?

Il n’est pas nécessaire de répondre à tout immédiatement. Certaines réponses sont évidentes. D’autres arrivent doucement.

L’essentiel est peut-être déjà d’accepter de se poser les questions.

Voir aussi le chemin parcouru

Lorsque nous pensons au bilan spirituel, notre regard va facilement vers ce qui manque.

Cette prière faite trop rapidement. Cette résolution abandonnée. Cette réaction que nous regrettons. Cette mitsva que nous aurions aimé accomplir autrement.

Nous sommes souvent très douées pour repérer ce qui reste à améliorer.

Beaucoup moins pour reconnaître ce qui a déjà changé.

Pourtant, une année ne se résume pas à ce que nous n’avons pas réussi.

Il y a aussi tout ce qui a grandi sans bruit.

Peut-être avons-nous appris à nous taire une fois où, auparavant, nous aurions répondu.

Peut-être avons-nous davantage pris soin d’une personne.

Peut-être avons-nous commencé à remercier Hachem pour quelque chose que nous considérions autrefois comme évident.

Peut-être avons-nous traversé une période difficile en continuant malgré tout à avancer.

Peut-être notre relation avec Hachem n’a-t-elle pas grandi de la manière spectaculaire que nous imaginions, mais elle est devenue plus vraie.

Ces choses-là comptent aussi.

Elloul peut être le moment de reconnaître ce chemin parcouru, avant de regarder celui qu’il reste encore à faire.

Ce que je laisse, ce que je garde

À chaque rentrée, nous ajoutons.

Un nouvel agenda. De nouveaux horaires. De nouvelles activités. De nouveaux projets. Et, à l’approche de Roch Hachana, souvent de nouvelles résolutions.

Et si, avant d’ajouter, nous nous demandions aussi ce que nous ne voulons plus emporter avec nous ?

Une culpabilité devenue inutile.

Une comparaison qui nous fatigue.

Une colère entretenue depuis trop longtemps.

Une habitude dont nous savons qu’elle ne nous fait pas du bien.

Une parole qui doit être dite.

Un pardon à demander.

Nous ne pouvons pas toujours tout régler immédiatement. Mais nous pouvons décider de ne plus détourner le regard.

Et puis il y a tout ce que nous voulons garder.

Un moment particulier de Chabbat. Une relation qui s’est renforcée. Une nouvelle façon de prier. Une habitude familiale devenue précieuse. Une gratitude apprise dans une période difficile.

Tout nouveau départ ne demande pas de repartir de zéro.

Certaines choses méritent simplement d’être protégées.

Parler à Hachem, simplement

Nous cherchons parfois la bonne manière de vivre Elloul.

Mais au milieu de tout ce que cette période représente, nous pouvons aussi commencer très simplement.

En parlant à Hachem.

Avec nos mots.

Lui dire merci pour ce qui a été beau.

Lui confier ce qui nous inquiète.

Reconnaître ce que nous regrettons.

Lui demander de nous aider là où, seules, nous avons du mal.

Et Lui parler de l’année qui arrive.

De nos enfants.

De notre couple.

De notre santé.

De notre parnassa.

De nos projets.

De ce que nous espérons secrètement.

De ce que nous n’osons parfois dire à personne.

Il n’est pas nécessaire d’avoir des mots extraordinaires pour être sincère.

Parfois quelques phrases suffisent.

« Merci pour cela. »

« Pardonne-moi pour cela. »

« Aide-moi avec cela. »

« Je Te confie cela. »

Une intention, pas dix résolutions

À l’approche d’une nouvelle année, nous pouvons être tentées de vouloir tout changer.

Être plus patientes. Mieux nous organiser. Davantage prier. Commencer ceci, arrêter cela…

Puis la vie reprend avec ses matins pressés, ses imprévus et ses semaines trop courtes.

Alors, pour cet Elloul, pourquoi ne pas choisir autrement ?

Pas dix résolutions.

Une intention.

Une chose que nous voulons réellement travailler.

Être plus présente avec nos enfants.

Faire davantage de place à la prière.

Surveiller une parole.

Retrouver un temps d’étude.

Remercier davantage.

Réparer une relation.

Faire un peu plus confiance à Hachem dans un domaine où l’inquiétude prend beaucoup de place.

Quelque chose de petit, mais de vrai.

Quelque chose que nous pouvons présenter à Hachem en disant :

« Cette année, j’aimerais avancer ici. Aide-moi. »

Avant que l’année recommence

Dans quelques semaines, tout ira très vite.

Les différentes rentrées seront derrière nous. Les fêtes de Tichri arriveront avec leurs préparatifs, leurs repas, leurs invitations et toute l’organisation qu’elles demandent.

Alors avant que le rythme s’accélère, Elloul nous offre quelques semaines particulières.

Quelques semaines pour regarder derrière nous.

Voir ce qui mérite d’être réparé, mais aussi tout ce qui mérite d’être remercié.

Décider de ce que nous voulons laisser.

De ce que nous voulons garder.

Et regarder à l’intérieur.

Pas pour devenir en quelques jours une version parfaite de nous-mêmes.

Mais pour arriver à Roch Hachana un peu plus conscientes de ce que nous voulons demander, remercier, réparer et construire.

Nous ne savons pas ce que la nouvelle année contiendra.

Mais nous pouvons faire notre part, choisir notre intention, confier le reste à Hachem et avancer avec cette pensée :

Je ne sais pas exactement ce que cette année m’apportera, mais je sais vers Qui je veux me tourner pour la traverser.