La Téchouva du Pauvre… ?

tehilim

Nous voici déjà aux portes de la nouvelle année, aux portes de Roch Hachana et des Jours Redoutables, aux portes du Jugement…  et tu t’interroges, le cœur noué, les yeux baissés, habitée par l’humilité :

« Où en suis-je… ?

De quoi pourrai-je seulement me faire valoir face au Roi des rois… ? 

Comment envisager de vivre de grands moments de prières, chez moi, entre deux tétées / changements de couches / disputes enfantines… ?

Comment vibrer aux quelques bribes de Shofar glanées sans l’introduction poignante du Ete Chaaré Ratson chanté avec ferveur par l’ensemble des fidèles… ?

Comment imaginer implorer Hachem correctement à Roch Hachana / Kippour, sans être portée par les mélodies du Hazan, les larmes de ma pieuse voisine, la puissance du chœur/cœur communautaire… ?

De quoi aura l’air ma Téchouva… ? »

Ma chère sœur ! Le monde a besoin de TES précieuses prières et je te supplie de ne pas sous-estimer ton offrande unique et merveilleuse ! Il est certes aisé d’admirer la bête engraissée que tire fièrement le riche vers le Temple ; mais n’oublions pas la valeur incommensurable de l’offrande de farine qu’apporte à son tour l’indigent, avec tant d’humilité… C’est la leçon sublime que nous offre Rachi sur ce verset de Vayikra :

וְנֶפֶשׁ, כִּי-תַקְרִיב קָרְבַּן מִנְחָה לַה’  סֹלֶת, יִהְיֶה קָרְבָּנוֹ

« Si une personne offre une oblation à Hachem, son offrande sera de fleur de farine (Lév. 2: 1). »

F La seule offrande où apparaît le terme נפש (âme) pour dire « une personne » est l’oblation de farine, soit celle du pauvre ; en effet, face à l’offrande du pauvre, Hachem s’exclame :

« Je considère comme s’il avait offert son âme ! »

Il y a certes la prière et la Téchouva des riches, ces femmes extraordinaires qui consacrent une si grande partie de leurs journées aux trois prières quotidiennes et aussi à la récitation des Téhilim, ces femmes qui passeront leurs matinées de Roch Hachana et leur journée de Kippour à la Synagogue, ces femmes qui vibreront avec l’assemblée et verseront des larmes de Ferveur et de Repentir pour porter leurs précieuses prières jusqu’au Trône Céleste, ces femmes qui représentent autant de piliers pour maintenir notre monde en existence.

Mais il y a aussi la prière des « pauvres », ces quelques maigres bribes essentielles murmurées par nos merveilleuses jeunes mamans avant que les petits ne s’éveillent, entre deux épisodes agités, ou encore, courageusement, alors qu’elles sont épuisées en fin de journée, avant que les paupières ne se ferment enfin pour trouver un peu de ce répit salvateur qui sera souvent de si courte durée…

Eh bien, ces moments sont suspendus dans les hauteurs et chacun de tes mots de Téfila se transforme en rosée de VIE pour notre monde car Hachem Lui-même s’exclame, te rendant littéralement milliardaire l’espace d’un instant :

«  Je recueille ton offrande avec tant d’amour et considère comme si tu avais offert ton âme ! »

Quarante ans en arrière…

L’enfant que j’étais alors est l’aînée d’une fratrie déjà nombreuse.

La journée était intense.

Maman chérie ne s’est pas arrêtée, dansant depuis l’aube entre la gazinière, le four, les éviers, les jeux, les disputes, la baignoire et le seau.

N’a-t-elle pas confectionné le petit-déjeuner copieux et agrémenté des douceurs de circonstance, concocté le couscous de midi, préparé toute la Séoudat Hamafssékète et les délices qui marqueront la fin du jeûne ? N’a-t-elle pas géré puis baigné chacun des petits ? Assuré le ménage de toute la maison et le débarrassage comme la vaisselle du dernier repas avant l’entrée du Grand Jour ?

Je l’ai certes un peu aidée, mais que pèse mon geste d’enfant au regard de tout ce qu’elle a accompli ?

Papa chlita, tel un ange sur terre, s’est rendu à la Choule et Maman chérie, coiffée d’un superbe foulard blanc, a recouvert la longue table du salon d’une nappe blanche immaculée.

Je la regarde allumer les bougies de Kippour sur nos grands et majestueux bougeoirs de cuivre, prier avec ferveur, puis me bénir avec tant d’amour, sans contenir ses larmes d’émotion.

Le soleil ne va pas tarder à se coucher. Et nous aussi.

Je jette un dernier regard sur Maman, qui a disposé son Mahzor et des mouchoirs sur la table et je me retrouve bien vite allongée dans mon lit, prête à me laisser délicieusement envahir par le sommeil.

C’est alors que je les perçois. Très distinctement. Si mélodieuses. Tellement touchantes. Habitées par l’émotion. Entrecoupées parfois de larmes. D’une douceur mêlée de puissance. Accompagnant mon endormissement et m’enveloppant jusqu’à aujourd’hui, alors que quatre décades se sont écoulées.

Les prières de Kippour de Maman chérie.

Lékha Kéli téchoukati, Lékha…

 

Non, Maman chérie n’est pas allée à la Choule.

Telle une douce et fidèle colombe, elle est restée auprès de ses oisillons bien aimés.

Là où le cœur comme le devoir l’ont toujours appelée.

Et, certes épuisée après une telle journée, elle n’a pas renoncé.

Sans être portée par les mélodies du Hazan ni la puissance du chœur communautaire, elle a offert à Hachem et à sa nombreuse descendance, l’offrande la plus riche qui fût.

 

  

Une prière. Une mélodie qui te reste de cette jeunesse où tu pouvais participer aux offices ou de ces Selih’ot magiques que tu sais chanter et qui sauront éveiller ton émotion. Quelques mots que tu adresses humblement (oui, même en français) et sincèrement à Hachem tout en berçant ce petit prince inconsolable / en cajolant cette princesse qui ne trouve pas le sommeil, pour Le supplier de protéger ton petit monde, Son grand monde : ce sont là les offrandes les plus sublimes, les plus chéries que tu puisses apporter sur l’Autel…

Enfin, comme le disait si justement la Rabbanite Meyer de Bnei Brak dans ce magnifique poème sur la Téchouva qui savait tant me porter lorsque j’avais de très jeunes enfants à la maison :

« C’est vrai, Hachem, je n’ai pas ouvert de Séfarim

Je n’ai pas ajouté d’heures de Téhilim

Mon rôle est maintenant de savoir comment vivre,

Mon foyer est mon limoud, mes enfants mes livres.

Ma Téchouva est celle des mamans

Qui ne comptent plus les nuits de veille,

Qui te remercient pour les pleurs des enfants

Qui les tirent de leur sommeil.

Cette année, ma Téchouva sera différente,

Je tâcherai d’être plus douce, plus patiente.

Pourquoi alors ressentir dans mon cœur

Un manque, un doigt accusateur ?

C’est le Yétser Hara qui me dit : « Tu n’en fais pas assez ! »

Il frappe sans cesse ma conscience :

« Tes journées sont dénuées de sens ! »

Yétser Hara ! Tais-toi ! Ne me trouble pas !

Je sais que ma mission est là !

Je suis occupée au Takhlit même :

J’élève des soldats d’Hachem !

Ma Téchouva,

C’est prier peu, mais de tout cœur,

C’est reconnaître mes erreurs,

C’est savoir écouter, pardonner,

C’est savoir donner sans compter.

C’est savoir dans toute situation,

Lorsqu’on sombre dans les obligations,

Sourire, même du fond de l’abime

Car tout est Min Hachamayim !

Hachem ! Accepte la repentance

De Tes servantes, les filles d’Israël

Comme un sacrifice et comme l’encens

Apportés sur l’autel… »

Merci à nos précieuses héroïnes, Kétiva véh’atima tova à chacune et que 5786 soit pour notre peuple et pour la Shékhina, l’année la plus belle qui fût jamais, Amen !

Rabanit Sarah Mimran

Léilouy Nichmat Hanna bat Simha.