Quand Adar entre à la maison : faire de la place à la joie au milieu du chaos

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Il est 17H30.On vient tout juste de rentrer de l’école et les cartables sont jetés dans l’entrée, les chaussures restent là où elles tombent…

À peine le temps d’atterrir que Yossef traverse le salon en courant, bouscule un verre d’eau plein et grimpe sur le canapé. Un coussin vole. Un cri éclate. Son frère s’énerve. Sa sœur pleure déjà.

Dans la cuisine, une odeur de brûlé se fait sentir… oh non… le repas…

Dans votre corps, la fatigue de la journée se fait sentir.

Et cette phrase monte, familière, presque automatique : « Arrête d’hurler ! »

Vous inspirez.

Roch ‘Hodech Adar approche.

Et une autre phrase s’invite, plus douce :

« Je peux ralentir, même si tout va vite. »

Adar, c’est apprendre à regarder autrement ce qui se passe

Le mot Adar peut se lire comme une phrase :

« Ein davar ra » — il n’y a rien de mal.

Ce soir-là, Yossef ne cherche pas à provoquer. Il a tenu toute la journée. Il s’est contenu. Et maintenant, son corps lâche. Ce débordement fait partie du retour au calme.

Entrer dans Adar, c’est se rappeler que cet enfant précis, avec son énergie, son rythme et ses difficultés, a été confié à ces parents-là. Pas par erreur. 

Pas par hasard.

Ce que ce regard change dans le corps du parent

Quand un enfant crie, le cœur s’accélère, les épaules se tendent, le cerveau se met en alerte.

Mais quand on se rappelle que rien ne descend sans l’accord d’Hachem, que cette épreuve n’est pas au-dessus de nos forces, quelque chose ralentit à l’intérieur.

La respiration s’allonge un peu.

La voix descend d’un ton.

Et la phrase revient, comme un ancrage :

« Je peux ralentir, même si tout va vite. »

Les enfants sentent immédiatement ce changement.

Le film intérieur du parent

« Il fait exprès. »

« Il sait que je suis fatiguée. »

« Pourquoi c’est toujours comme ça ? »

Changer ce film change la scène.

Se dire qu’il est débordé, que son corps est trop plein, son cerveau immature, que l’on peut l’aider à se calmer, transforme la réaction.

Ce n’est pas magique.

Mais parfois, l’enfant s’arrête, surpris par ce calme inattendu. Et puis… il s’apaise lui aussi.

Avant que ça n’explose : le moment clé du retour

Juste après l’école, tout arrive en même temps. Les enfants parlent, se coupent la parole, réclament à manger, racontent leur journée en désordre.

Plutôt que de demander immédiatement le calme, vous proposez une transition.

On bouge un peu. On saute. On secoue les bras. On souffle fort.

Le bruit est encore là, mais la tension commence à sortir.

Pendant ce temps, vous respirez aussi.

Vous vous répétez intérieurement :

« Je peux ralentir, même si tout va vite. »

Quand la crise arrive quand même

La dispute éclate. Un jouet arraché. Des larmes. Un cri plus fort que les autres.

Vous vous approchez.

Au lieu de crier à votre tour, vous dites simplement :

« Je vois beaucoup de colère. »

Puis : « C’est difficile pour toi là. »

Vous vous baissez, vous dites son prénom, vous posez une main sur son épaule.

« Je suis avec toi. »

La règle viendra après.

Là, maintenant, c’est le lien qui compte.

Et quand ça déborde aussi chez le parent

Parfois, non.Vous n’avez pas respiré.

Vous avez crié.

Alors plus tard, quand tout est redescendu, vous revenez.

Vous vous asseyez à côté de l’enfant.

Vous dites simplement :

« J’ai crié. Je suis désolée. J’étais très fatiguée. On recommence. »

Ce moment-là est si important.

Il apprend à l’enfant qu’on peut se tromper et réparer.

Et ça aussi, c’est tellement Adar !

Après la tempête

La maison est plus calme.

Pas parfaite.

Les jouets sont encore à moitié rangés.

Mais les voix sont plus basses.

Vous remarquez l’effort. Chez eux. Chez vous.

Vous dites que vous avez vu qu’il a respiré, qu’il a essayé de parler autrement.

Puis vous donnez du sens : rien de ce qui s’est passé n’était inutile, Hachem nous aide à traverser ces moments.

Enfin, vous demandez doucement :

« La prochaine fois, qu’est-ce qu’on pourrait faire autrement ? »

Quand la culpabilité s’invite

Il y a pourtant des soirs où, malgré toutes les bonnes intentions, le parent crie. La voix monte. Les mots dépassent la pensée.

Et juste après, la culpabilité arrive.

Cette petite voix intérieure qui dit : « Tu sais quoi faire… pourquoi tu n’y arrives pas ? »

Adar ne demande pas d’être parfait.

Il ne demande pas de ne jamais crier.

Il invite à revenir au lien.

Même après une parole trop forte.

Même après un moment raté.

Ce soir-là, la dispute n’a pas disparu par magie.Mais en passant devant la cuisine, Perla murmure :

« Maman, j’ai aimé quand tu as respiré avant de parler. »

La maison est encore un peu en désordre.

Mais l’air est plus léger.

Adar est entré dans la maison.

Par un souffle.

Par un ralentissement.

Par un lien retrouvé.

‘Hodech tov — que cette joie vous accompagne, même les soirs qui débordent. En retrouvant cette conscience intérieure, que tout est orchestré par Hashem, qu’on est exactement là où on doit être et qu’on est choisi pour cet enfant

 

Ilana Levy
Madrehat Kala

Animatrice d’ateliers dédiés à la parentalité.

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