ESHET HAYIL : Ses mains

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 « Ses mains, elle tend vers le rouet et ses paumes manient le fuseau. » (Michlé- Proverbes: 31, 19)

Ce verset correspond au dixième vers du célèbre texte de Eshet ‘Hayil, cette ode à la merveilleuse femme juive écrite par le roi Shlomo chantée tous les vendredis soirs par l’époux.

Nous l’avons déjà expliqué : le poème du Eshet Hayil ne se veut pas seulement grandiloquent et flatteur à l’égard de l’épouse juive mais vient également lui offrir des outils pour son épanouissement personnel. La clé que nous découvrirons ici est l’intelligence féminine.

Pourtant, ce dixième verset semble très énigmatique : il décrit cette Eshet hayil comme excellant dans la technique du filage. Comprenons ce qui se cache à travers les lignes.

Le Talmud affirme “La femme n’a de sagesse que dans le fuseau”. (Yoma) Pas très valorisant, me direz-vous ! Ainsi, la sagesse féminine se résume à l’”intelligence de filer”, ne sommes-nous bonnes qu’à manier un métier à tisser ou à concocter de bons dîners ?

Et pourtant, ce verset est bien plus puissant et emblématique de la femme que ce que laissent transparaitre les mots. Le fuseau et le rouet sont les outils utilisés pour le filage. 

Le filage définit la production de fils textiles à partir de divers matériaux bruts (Wikipédia), en l’occurence ici d’après le Ralbag, le filage de lin et de laine. 

L’intelligence féminine définit d’abord la force de concrétisation : transformer le potentiel en réel, donner vie à des idées, à l’image de la laine brute transformée en bobines de fil. “Derrière un grand homme se cache une grande femme” car l’homme vit dans le monde du conceptuel, des idéaux mais il ne peut rendre possibles ses rêves sans l’aide et l’intelligence d’une épouse. 

D’ailleurs, la femme est symbolisée par la lettre Hé, qui est un marqueur temporel du présent, de l’action, et l’homme le Youd, marqueur du futur, du projet.

Il ne s’agit cependant pas de capacités intellectuelles, mais bien intuitives, d’une capacité de déduction exacerbée, ce que Joy Galam appelle “le tissage des neurones” : ou dans les textes bibliques la Bina, c’est-à-pour reprendre Steve Jobs : “mettre les choses en connexion”; Il définissait d’ailleurs ainsi la créativité. 

Filer du lin et de la laine, c’est aussi exclure pour mieux inclure. Le Zohar représente la femme à travers le cercle. 

Le cercle, explique le Rav Yaacovson, est une surface qui inclut et qui exclut. On parle d’ailleurs de cercle familial. L’intuition féminine c’est aussi ce flair pour détecter les personnes que je veux intégrer dans mon cercle, et celles que je ne souhaite pas inclure, comme les personnes médisantes, les personnes toxiques, les mauvaises influences. 

Notre intelligence du fuseau, c’est donc la concrétisation, l’intuition, la créativité, le flair qui inclut et exclut et… l’affection, comme nous le verrons au prochain épisode.

 

Esther Clara Moyal