L'histoire de pourim

Abordons ensemble l’histoire de Pourim. Nous la connaissons tous : Esther, Mordekhaï,A’hachvéroch…

Mais reprenons-la dans son contexte historique.

Tout commence avec Adam Harichone, suivi dix générations plus tard par Noa’h, puis, après encore dix générations, par Avraham.

Viennent ensuite Yits’hak et Yaacov, les douze tribus, la descente en Égypte et l’esclavage, Moché Rabbénou, la sortie d’Égypte et le don de la Torah, les quarante ans dans le désert, l’entrée en Erets Israël sous la conduite de Yéhochoua, les quatorze années de conquête et le partage des territoires entre les tribus. Suivent la période des Juges, les règnes des rois Chaoul, David et Chlomo, puis la construction du premier Temple.

Mais au fil du temps, le peuple juif s’égare spirituellement et moralement, notamment par l’idolâtrie, ce qui conduit à la destruction du Temple et à l’exil à Bavel.

Contrairement à notre exil actuel, qui semble sans fin, celui-ci était fixé à soixante-dix ans.

Toutefois, une incertitude subsistait : à partir de quel moment fallait-il commencer le décompte ?

Depuis la destruction du Temple ? Ou depuis les épreuves qui l’avaient précédée ?

Arrivé à Bavel, le peuple juif s’y installe. À cette époque, le roi est Nevoukhadnetsar, suivi par son fils Evil Mérodakh, puis par son petit-fils Belchatsar.

Cinquante-deux ans après le début de l’exil, l’Empire perse conquiert Bavel et prend le contrôle de la région. Parmi les survivants de la dynastie précédente, la petite-fille du dernier roi, Vachti, est épargné. Nous la retrouverons plus tard…

Sous le règne de Daryavèch le Mède et de Kôresh le Perse, un événement extraordinaire se produit :

Kôresh proclame que tout Juif désireux de retourner en Terre Sainte est libre de le faire !

Portés par cet élan, 42 360 Juifs, sous la direction de Zeroubavel, petit-fils du dernier roi de Yéhouda, prennent la route. Leur objectif : reconstruire le Beit Hamikdach. Mais la tâche s’annonce ardue, d’autant qu’un ennemi acharné, Haman, envoie l’un de ses nombreux fils (il en avait 210 !) pour entraver les travaux à Jérusalem…

Beaucoup de Juifs, pourtant, préfèrent rester en exil. Ils se sont habitués à la prospérité et au confort de la vie en Perse.

Quitter un environnement stable pour affronter les incertitudes d’un pays en ruines leur semble insurmontable.

Ainsi, une large partie de la communauté juive demeure en Perse, qui regroupe alors 127 provinces, chacune peuplée de cultures et de langues différentes. Les rois perses autorisent chaque peuple à organiser sa vie selon ses traditions, politique qui se poursuit sous leurs successeurs.

Quelques années après la mort de Kôresh, A’hachvéroch monte sur le trône. Il organise d’abord un somptueux banquet de cent quatre-vingts jours pour ses ministres et serviteurs, puis un second festin de sept jours pour les habitants de Shoushan.

L’objectif caché de ce festin ? Inciter les Juifs à enfreindre leurs lois, notamment en matière de consommation de vin, afin de les éloigner de D.ieu et d’affaiblir leur protection divine. Mordekhaï les avertit du danger, mais il n’est pas écouté…

C’est lors de ce festin que Vachti est exécutée, ouvrant ainsi, quelques années plus tard, la voie à Esther, qui deviendra reine et sauvera son peuple.

À l’issue de cette histoire, les dix-huit dernières années de l’exil de Bavel s’achèvent, et de nombreux Juifs quittent la Perse pour Erets Israël. Cette fois-ci, la construction du second Beit Hamikdach ne prend que quelques mois !

De plus, le troisième roi de Perse, Daryavèch II, fils d’A’hachvéroch et d’Esther, leur fournit du matériel pour mener à bien leur œuvre.

La Méguilat Esther, rédigée sous l’inspiration du Roua’h Hakodech, nous dévoile une vérité fondamentale :

Les événements de l’Histoire ne sont pas le fruit du hasard. Contrairement aux récits bibliques habituels, où la faute du peuple entraîne immédiatement une punition divine, ici, les liens de cause à effet restent dissimulés.

Nos Sages en révèlent cependant la trame : la participation des Juifs au festin entraîne un décret céleste scellant leur anéantissement.

Dans ce cadre, deux faits majeurs surviennent : Haman est nommé Premier Ministre, et le trône de la reine devient vacant.

Haman exige alors que chacun se prosterne devant lui, mais Mordekhaï refuse. Fou de rage, Haman décide de mettre en œuvre son plan funeste, sans savoir que le décret d’anéantissement avait déjà été entériné dans le Ciel.

À partir de ce moment, Hachem dissimule les raisons spirituelles derrière des enchaînements naturels, rendant son intervention moins évidente. C’est là l’enseignement fondamental de la Méguila : comprendre que derrière chaque événement se cache une dimension spirituelle essentielle, au-delà des apparences purement naturelles.

Hanna Monsonego