Il y a toutes sortes de larmes et de pleurs

Il y a toutes sortes de larmes et de pleurs. Des larmes de joie, de déception, d’amertume, de colère, d’espoir, de volonté très forte… Une des particularités de Rahel Imenou est dans ses pleurs altruistes : nous la sollicitons encore aujourd’hui!

Dans la Torah il est écrit que Léa aussi a beaucoup pleuré, au point de perdre ses cils. Quelle était la raison de ses pleurs ?

Léa était destinée à Essav. Rivka et Lavan avaient déjà conclu entre eux cette alliance et dans le Ciel aussi, elle était son zivoug ; elle lui était destinée. Mais Léa n’était pas d’accord pour céder. Elle a pleuré et versé des larmes pendant des années, sans répit et sans arrêt. Les larmes d’espoir et de tefila sont reçues avec joie par Hachem. Ce ne sont pas des larmes de force ou de colère et de rage. Ce sont des larmes qui viennent des tréfonds de l’âme, qui expriment une volonté profonde d’appartenir et d’enfanter les forces de pureté dans ce monde.

Et ainsi, Léa a reçu tout ce qu’elle voulait, et bien plus encore. L’enfant ainé est à elle, les cohanim, les léviim, Moché et Aharon, la royauté, le roi David, le Machia’h, la Torah (Yissa’har) et l’argent (Zevouloun) ! Elle a tout reçu !!! Chaque larme qu’elle a versée a été récompensée. Elle s’est mariée avec Yaacov en premier, elle a eu les enfants la première. C’est elle qui a enfanté la moitié des tribus, alors que cela devait être partagé équitablement entre quatre femmes. Elle a vécu plus longtemps que Rahel. Et tout cela, grâce à quoi ? Grâce à ses tefilot et ses larmes ! Grace au fait qu’elle n’a pas accepté  un destin dont elle ne voulait pas. Elle a eu une réaction active, elle savait qui pouvait faire bouger les choses.

Les larmes de Rahel, elles, sont des larmes de peine, de douleur. Et Hachem lui dit : cesse de pleurer Rahel. A Léa il ne dit pas cela. Il la laisse pleurer. Il veut qu’elle continue. Pourquoi ? Parce que plus tu pleures, plus tu demandes, plus tu recevras. Ne te limite surtout pas ! Les larmes que nous versons pour fonder une belle famille, un couple construit et des enfants dans le droit chemin sont des larmes qui créent et construisent. Aucune larme n’est vaine. Chaque larme est une création.

Aucune menace planait sur la tête de Rahel. Elle était destinée, depuis toute petite, à Yaacov. A mettre au monde le Klal Israël. Elle était voulue par Yaacov, qui a accepté de travailler pour elle pendant 14 ans. Elle était la femme bien-aimée : c’est chez elle que Yaacov habitait. Et ce qui est extraordinaire, c’est que bien qu’elle ait cédé son mari à sa sœur, son mazal est à elle ! Personne ne pouvait le lui prendre ! Entre le mariage de Léa et le sien s’est écoulé une semaine, c’est tout ! Ce qui est à elle est à elle. Elle a passé une nuit à se dire qu’elle avait perdu toute chance d’être mariée avec Yaacov. Le lendemain matin, elle apprend que son mariage est dans une semaine et que Yaacov travaillera sept ans de plus pour elle.

Mais Rahel ne savait pas pleurer. 

D’ailleurs pourquoi pleurer ? Elle a tout ce qu’elle veut ! Un mari qui la chérit et qui l’aime. Elle n’a aucune raison de pleurer.

Mais Rahel devient stérile. Petit à petit, elle voit que le temps passe, et que malheureusement, elle n’aura pas d’enfants… Léa en enfante 6, les servantes aussi ont des enfants, et elle ? 

Elle vient voir Yaacov et exige : Prie pour moi ! Fais quelque chose !

Mais Yaacov lui répond : Mais Rahel, moi j’ai des enfants… C’est qu’à toi qu’Il n’en a pas donné… Prie et demande, c’est ta responsabilité !

Et c’est là que Rahel apprit à pleurer. C’est à ce moment qu’elle acquit la mida de savoir verser des larmes. Elle avait toujours été un enfant de réussite, de bienveillance, de sourires, de vitour ; pas un enfant qui pleure !

rahel Imenou 1950

Dès l’instant où elle apprit à pleurer, ses larmes se mêlèrent à sa bonté innée — et elle les offrit au peuple juif. Pleurer pour l’autre, c’est atteindre le sommet de l’élévation. Par ses pleurs, elle ébranle les cieux, provoquant un tumulte dans les hauteurs, jusqu’à ce qu’Hachem lui dise : “Ne pleure plus. Sèche tes larmes. La récompense est tienne — et tes enfants reviendront au pays de Sion.” 

 Mais Rahel est inconsolable. Elle ne veut pas se taire tant que ses enfants ne sont pas revenus. Elle allie la force du vitour avec la force des larmes et elle les utilise pour ses enfants, sans intérêt, par pure bonté.

Nous pouvons illustrer cela par ce machal : Un père punit un enfant dans sa chambre. L’enfant pleure très fort. Et là, la grande sœur décide d’intervenir. Elle va vers son papa et lui dit : papa, aïe pitié de lui ! Il n’a pas fait exprès, il ne s’est pas rendu compte, il regrette de tout cœur etc… Et là le père a pitié de l’enfant et lui enlève sa punition.

Que s’est-il passé ? Pourquoi l’intervention de la sœur a inversé les choses ? Parce qu’elle a apporté les larmes de son petit frère au père et a réveillé sa miséricorde. Et c’est ce que Rahel Iménou fait avec nos larmes. Elle prend nos larmes et les présente devant Hachem en réveillant sa miséricorde. 

Et Hachem la console et lui demande de ne plus pleurer, il va l’exaucer…

Allons sur le chemin de nos mamans, qui savaient ne pas céder et tout mettre en oeuvre pour leurs familles et pour contribuer à la construction du peuple juif.

 

Hanna Monsonego