Et si presque bien était déjà très bien ? Le piège du 0 ou 100 %
- 23/06/2025
Dans une époque où l’on nous pousse à devenir meilleures et à réussir au maximum de nos capacités dans tous les domaines, et paradoxalement à s’accepter et à avoir une bonne estime de soi, beaucoup de femmes développent le sentiment d’être finalement… nulles.
Pourtant, elles peuvent être dotées de talents, réussites en tous genres, personnalités lumineuses, mais leur jugement personnel aboutit à la même conclusion : « je me sens nulle, pas assez bien comparée aux autres »…
Si cela ne vous touche pas, vos avez peut-être connu une personne dans votre entourage qui semble tout réussir mais qui se remet sans arrêt en question (voir pire, se dévalorise), peut-être la même
personne qui était démoralisée à l’école après avoir reçu la meilleure note de la classe – qui n’était pas un 20/20.
En réalité, ce sentiment est bien sincère, difficile à vivre et provient d’une distorsion cognitive : une tendance le plus souvent inconsciente à penser les choses de manière binaire : soit c’est bien soit c’est mal. Soit j’ai réussi soit j’ai échoué. Soit je suis parfaite, soit je suis complètement nulle. Si je n’ai pas 20/20, autant vous dire que c’est 0. Et cela peut se décliner, beaucoup plus subtilement, dans tous les domaines de la vie quotidienne.
Si l’on résume de manière caricaturale, soit je suis parfaite, soit je ne vaux rien. Et comme la perfection est difficilement atteignable, je développe un sentiment de n’être jamais bien, de l’anxiété, une
dévalorisation personnelle…
Qu’est-ce qui cause ce jugement aussi sévère ?
Une multitude de facteurs peuvent pousser un être humain à développer ce perfectionnisme extrême.
En prime, la focalisation sur le résultat plutôt que sur le chemin pour y arriver.
La psychologue Carole Dweck a mis en lumière dans une étude menée en 1998 la puissance d’un compliment sur l’effort (« tu as été persévérant ») plutôt que sur une qualité (« tu es brillant »). Les enfants à qui on a fait le premier type de compliment développent une meilleure estime d’eux même car ils savent qu’ils n’ont pas besoin d’être parfait pour avoir de la valeur, ni même de réussir : ce qui compte c’est d’essayer (et vu qu’ils essayent, ils finissent parfois par réussir ! ). En revanche, ceux que l’on félicite pour le résultat ont encore plus peur de l’échec : celui-ci viendrait remettre en question leur valeur. Ils en concluent qu’il ne vaut même pas la peine d’essayer.
Malheureusement, le modèle social ambiant est aussi focalisé sur les résultats, et alimente ce phénomène. On nous montre les chiffres. Les succès des autres sont accessibles partout, discutés, comparés. Peu de personne vous racontent le chemin parcouru, les échecs rencontrés avant d’y arriver : ça se vend moins.
Et ce qui est le plus intéressant, c’est que l’estime de soi, ce n’est pas se penser « incroyable et bourré de qualités ». C’est savoir sa valeur indépendante de vos réussites. C’est avoir le droit d’être fier de soi
même si on est à 60, 70, 80… et non à 100.
Et en pratique ?
● Si tu as tendance à te sentir sans valeur, imagine que tu es ta meilleure amie, ou ta sœur. En te détachant de tes propres attentes envers toi-même, tu seras parfois plus indulgente envers toi-même.
● Regarder les réussites des autres pour s’en inspirer, pourquoi pas. Mais dis-toi que chacun a eu ses échecs et qu’on ne te demande pas de faire la même chose pour avoir ta valeur propre.
● Si tu sens que tu passes du « presque bien » au « c’est raté », dis le à voix haute « c’est mon cerveau qui joue au tout ou rien ». Ca suffit parfois à faire dégonfler la pression.
● Avec les personnes qui t’entourent, félicite l’effort fourni même si le résultat n’est pas à la hauteur de tes attentes !
Et surtout, c’est en se permettant de n’être pas à 100 % que l’on se permet de monter les échelons et d’y arriver plus près !
Rachel Bensoussan
