La dissonance cognitive OU comment mettre à profit nos incohérences…

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Il n’y a rien de plus fascinant que le cerveau humain. 

Ses fonctions infinies, son rôle quasiment impossible à reproduire malgré les avancées de la science, ses 86 milliards de neurones jouant une permanente partition. Mais ce qui est encore plus fascinant et qui nous distingue encore des machines et de l’intelligence artificielle, ce sont ses charmantes « imperfections », son humanité, jamais totalement rationnelle, qui nous empêchent d’être de bons logiciens et de parfaits observateurs. En tant qu’humains, aussi perfectionnée soit notre machine, jamais elle ne sera qu’une machine et elle ne pourra mettre de côté nos croyances, nos préférences, notre histoire de vie, notre fidélité à certaines valeurs, nos peurs… Et la liste est encore longue. 

Parmi les différents mécanismes « typiquement humains » de notre machine psychique, il en est un, célèbre, qui mérite notre attention. Théorisé en 1947 par Léon Festinger, il met en relief notre profond besoin de cohérence et d’alignement intérieur. Nous sommes certes des êtres irrationnels, contradictoires, mais dans le même temps nous aspirons à la cohérence intérieure. Encore une contradiction si typiquement humaine… Quand il existe un décalage entre nos croyances, nos pensées et nos comportements, un inconfort psychologique se crée. Vous l’avez peut-être reconnue ; il s’agit de la dissonance cognitive. 

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En bref, nous ne supportons pas de dissonance ou de décalage entre nos croyances et nos comportements. Mentir serait donc psychologiquement très difficile ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les espions passent de solides tests pour prouver qu’ils peuvent résister à cet inconfort psychologique, et qu’ils ne retourneront pas leur veste…

Ce qui est plus intéressant encore, ce sont les solutions que nous mettons inconsciemment en place (car nous mettons toujours des solutions en place, qu’elles soient efficaces ou non, souvent sans même nous en rendre compte). Et c’est là que cela devient intéressant :

➖ Quand nous pouvons le faire, nous ajustons nos comportements à nos croyances (ex : nous savons que fumer est dangereux pour la santé donc nous ne fumons pas) 

➖ Parfois, les comportements précèdent nos croyances, et les dominent. Du coup nous finissons par… ajuster nos croyances à nos comportements. (Ex : je ne peux pas m’empêcher de fumer donc je me dis que ce n’est pas si grave…) 

Le deuxième mécanisme est intéressant car, une fois conscientisé, peut être utilisé et mis à profit. Une expérience célèbre a réuni des participants autour d’une activité. Une partie d’entre eux a pu venir gratuitement, tandis qu’on a exigé des autres de la payer avec des travaux d’intérêt général. Il s’avérait que l’activité était particulièrement ennuyeuse. Par la suite, quand ils furent interrogés sur leur réel ressenti de cette activité, ceux qui avaient assisté  gratuitement répondaient que la tâche était ennuyeuse, tandis que ceux qui s’étaient investis auparavant la trouvaient intéressante.

En réalité, ceux qui avaient fourni les travaux d’intérêt général avaient du mal avec cet écart entre leur investissement et la réalité (le manque d’intérêt de la tâche) ; ils ont donc réduit la dissonance (cet écart inconfortable) en changeant complètement le contenu de leur pensée. En revanche, ceux qui avaient assisté gratuitement n’avait pas de dissonance car ils n’avaient rien payé pour leur activité. 

Ceci nous arrive dans d’innombrables situations de notre vie, sans même que nous nous en rendions compte.

Ce puissant mécanisme du cerveau, qui peut nous amener inconsciemment à changer nos ressentis, opinions, valeurs et idées peut être utilisé dans de multiples domaines. 

Et en pratique ?

Voici quelques exemples de leviers puissants qui utilisent la dissonance cognitive dans notre vie quotidienne 

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➖ En cas de baisse de moral, sourire peut nous amener à nous sentir réellement plus joyeux. Sans compter que celui-ci, intercepté par autrui peut nous être rendu et entrainer un merveilleux cercle vertueux. Et ne parlons pas de l’aspect neurologique où le cerveau capte les muscles de notre visage en train de sourire et déclenche les zones responsables des émotions positives, en émettant de la sérotonine et de la dopamine, deux responsables de bien-être !

➖ Toujours dans la même idée, dire des phrases encourageantes du type « je vais y arriver », « tout va bien se passer », « je suis une super maman/employée…. (à décliner à l’infini) » peut nous amener à vraiment y croire !

➖ En cas de « flemme » ou de procrastination, simplement se lever pour faire une tâche ordinaire et minime transmettra le message que vous êtes dans l’action et capable d’agir, même pour des tâches plus difficiles !

➖L’« effet placebo des émotions » : se programmer le matin en se disant que je vais passer une belle journée, que j’ai de la chance, que je suis bien dans ma vie peu importe ses aléas programme automatiquement le cerveau sur un mode plus positif, et l’amène à nous faire ressentir effectivement ce bien-être !

➖« Donner pour aimer », lorsque l’on commence à s’investir pour une personne, la correction de cet écart entre notre comportement et notre sentiment existant va provoquer de l’amour ! Très utile pour corriger parfois nos à priori sur certaines personnes de notre entourage …

➖ Au niveau spirituel également, nos sages, profondément psychologues, nous enseignaient déjà « mitokh chelolichma ba lichma  (de l’action non désintéressée vient l’action désintéressée) », ou encore « Aharé Hapeoulot nimchakhim halevavot (après les actes suivent les cœurs). C’est-à-dire que même si le cœur, la pensée et l’intention ne sont pas encore présents, on peut commencer par l’action, par la mitsva. Les cœurs suivront, les kavanot seront entrainées par ces actions.

➖Si on souhaite prendre sur soi une nouvelle résolution, l’annoncer à quelqu’un peut également nous amener à réussir. Cet engagement supplémentaire rendrait encore plus difficile un écart entre la résolution et le fait de ne pas la tenir. 

En conclusion, la dissonance cognitive, certes nous interpelle sur nos incohérences et notre incapacité à observer le monde de manière objective. Mais elle peut également être utilisée pour avancer progressivement. En commençant par des comportements bien choisis, les contenus psychiques positifs seront automatiquement entrainés !

Rachel Bensoussan

Image d’entête par Freepik

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