Plus il y a de monde, moins il y en a en réalité…

Plus il y a de monde, moins il y en a en réalité… Ou l’effet témoin 25/08/2025 18h 30 dans les transports, en pleine heure de pointe. Léa essaie d’attraper les escalators mais se fait bousculer, elle tombe. Comme une masse humaine, la foule continue de se presser, insensible à ce qui vient de se passer. Léa attrape sa jambe et essaie de se relever : peine perdue. Elle reste ainsi prostrée pendant 10 minutes, jusqu’à ce qu’elle parvienne à se remettre de bout sur sa jambe douloureuse. Pourtant des dizaines de personnes sont passées devant elle ; personne ne s’est retourné. Autre scénario : vous êtes sur l’autoroute, un grand nombre de voitures vous entoure. Une pétarade retentit, le camion sur votre gauche se déplace à la hâte vers la bande d’arrêt d’urgence, crachant de la fumée noire. La masse d’automobilistes continue à rouler, sans prêter attention au camionneur désemparé. Ou encore, en plein centre commercial, vous croisez un homme qui fait la manche. La foule le dépasse sans lui prêter la moindre attention. Ces situations, on les croise tous à différents moments. Cela peut-être également la réunion de travail où une collègue se fait reprendre sèchement devant tout le monde par une autre. Ou quelqu’un qui demande de l’aide sur un groupe Whatsapp. Là encore, souvent personne ne réagit… Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, plus il y a de monde qui passe par là et entend cet appel à l’aide, assiste à ce besoin, moins il y a de chance que quelqu’un porte vraiment secours. !   D’ailleurs, il suffit de refaire ces scénarios avec la foule en moins. Si Léa tombe alors que seulement deux ou trois spectateurs assistent à son drame, la probabilité est très élevée que quelqu’un (ou même l’ensemble des personnes présentes) lui propose son aide. Si vous êtes la seule voiture qui assiste à la panne du camionneur, il y a des chances également que vous vous arrêtiez au milieu de la route pour proposer votre aide, même si vous n’y connaissez rien aux voitures. Idem si le centre commercial est vide, ou si l’aide de la même personne vous est demandée par message privé…   C’est ce qu’on appelle l’effet témoin. Plus il y a de monde qui assiste à une situation où on a besoin d’aide ou d’intervention, moins il y a de chances que l’aide soit véritablement apportée. Lors de l’affaire Kitty Genovese, en 1964, une jeune femme se fait agresser dans la rue sous les yeux de 38 témoins et personne n’intervient ni n’appelle la police. Quelques années plus tard, deux chercheurs en psychologie, Latané et Darley, entreprennent des expériences pour tenter de comprendre ce phénomène illogique. Et effectivement, lors de différentes circonstances induites par les psychologues (fumée dans une salle d’attente, une personne qui feint l’épilepsie…), moins de participants réagissent… quand il y a plus de monde. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène déroutant. D’une part, la tendance à se reposer sur les autres augmentent au fur et à mesure qu’il y a du monde. Par ailleurs, si l’on constate que personne ne s’arrête, on ne prend même pas la peine de se demander s’il y a une urgence ou un besoin : l’information est complètement occultée. Enfin, un certain conformisme naturel empêche la majorité des gens de réagir quand personne ne réagit d’abord.     Et en pratique ? Repérer ce phénomène peut être intéressant à la fois pour apporter son aide et se rendre indispensable en pleine conscience, et à la fois pour demander de l’aide de manière plus efficace. Le choix d’apporter une aide quelconque, une prière, une visite à un malade, d’appeler vos parents/grands parents vous appartient toujours. Mais plus vous vous direz qu’on n’a pas besoin de vous, plus on a peut-être besoin en réalité. Au lieu d’imiter inconsciemment la foule, identifier ce mécanisme peut aider à se rendre maitre de ses choix. Tout le groupe parle négativement de quelqu’un et personne ne réagit ? Vous avez peut-être l’occasion d’être cette personne. En cas d’urgence, ne donnez pas une consigne publique (à une foule, un groupe, vos enfants, votre classe…) Nommez plutôt quelqu’un ou envoyez un message en privé même à une seule personne, ce sera plus efficace. Plus généralement, l’impact du nombre est très important. Si personne ne réagit, on n’a pas de grandes chances de réagir. A l’inverse si tout le ponde réagit, tout le monde suivra : les réactions en groupes sont comme un château de cartes. Entourez vous donc des bonnes personnes. Lors d’une prise de parole de quelqu’un que vous soutenez (ou pas, selon vos valeurs…), soyez la première à accorder votre attention, un rire à la blague, un applaudissement. Ne soyez pas celle qui commence à parler et détourner l’attention 😊 Le constat peut être élargi aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies : on a la possibilité de contacter et de créer des liens avec de nombreuses personnes, mais n’y a-t-il pas moins de relations sociales qu’avant dans les faits ? Ainsi, pour être un véritable témoin, il ne suffit pas d’assister à une scène passivement mais de se rendre maitre du choix de sa réaction. Rachel Bensoussan Pour prendre rendez-vous : https://www.doctolib.fr/psychologue/charenton-le-pont/rachel-mimran-bensoussan  

Et si presque bien était déjà très bien ? Le piège du 0 ou 100 %

Et si presque bien était déjà très bien ? Le piège du 0 ou 100 % 23/06/2025 Dans une époque où l’on nous pousse à devenir meilleures et à réussir au maximum de nos capacités dans tous les domaines, et paradoxalement à s’accepter et à avoir une bonne estime de soi, beaucoup de femmes développent le sentiment d’être finalement… nulles. Pourtant, elles peuvent être dotées de talents, réussites en tous genres, personnalités lumineuses, mais leur jugement personnel aboutit à la même conclusion : « je me sens nulle, pas assez bien comparée aux autres »… Si cela ne vous touche pas, vos avez peut-être connu une personne dans votre entourage qui semble tout réussir mais qui se remet sans arrêt en question (voir pire, se dévalorise), peut-être la même personne qui était démoralisée à l’école après avoir reçu la meilleure note de la classe – qui n’était pas un 20/20. En réalité, ce sentiment est bien sincère, difficile à vivre et provient d’une distorsion cognitive : une tendance le plus souvent inconsciente à penser les choses de manière binaire : soit c’est bien soit c’est mal. Soit j’ai réussi soit j’ai échoué. Soit je suis parfaite, soit je suis complètement nulle. Si je n’ai pas 20/20, autant vous dire que c’est 0. Et cela peut se décliner, beaucoup plus subtilement, dans tous les domaines de la vie quotidienne. Si l’on résume de manière caricaturale, soit je suis parfaite, soit je ne vaux rien. Et comme la perfection est difficilement atteignable, je développe un sentiment de n’être jamais bien, de l’anxiété, une dévalorisation personnelle…   Qu’est-ce qui cause ce jugement aussi sévère ? Une multitude de facteurs peuvent pousser un être humain à développer ce perfectionnisme extrême. En prime, la focalisation sur le résultat plutôt que sur le chemin pour y arriver. La psychologue Carole Dweck a mis en lumière dans une étude menée en 1998 la puissance d’un compliment sur l’effort (« tu as été persévérant ») plutôt que sur une qualité (« tu es brillant »). Les enfants à qui on a fait le premier type de compliment développent une meilleure estime d’eux même car ils savent qu’ils n’ont pas besoin d’être parfait pour avoir de la valeur, ni même de réussir : ce qui compte c’est d’essayer (et vu qu’ils essayent, ils finissent parfois par réussir ! ). En revanche, ceux que l’on félicite pour le résultat ont encore plus peur de l’échec : celui-ci viendrait remettre en question leur valeur. Ils en concluent qu’il ne vaut même pas la peine d’essayer. Malheureusement, le modèle social ambiant est aussi focalisé sur les résultats, et alimente ce phénomène. On nous montre les chiffres. Les succès des autres sont accessibles partout, discutés, comparés. Peu de personne vous racontent le chemin parcouru, les échecs rencontrés avant d’y arriver : ça se vend moins. Et ce qui est le plus intéressant, c’est que l’estime de soi, ce n’est pas se penser « incroyable et bourré de qualités ». C’est savoir sa valeur indépendante de vos réussites. C’est avoir le droit d’être fier de soi même si on est à 60, 70, 80… et non à 100. Et en pratique ? ● Si tu as tendance à te sentir sans valeur, imagine que tu es ta meilleure amie, ou ta sœur. En te détachant de tes propres attentes envers toi-même, tu seras parfois plus indulgente envers toi-même. ● Regarder les réussites des autres pour s’en inspirer, pourquoi pas. Mais dis-toi que chacun a eu ses échecs et qu’on ne te demande pas de faire la même chose pour avoir ta valeur propre. ● Si tu sens que tu passes du « presque bien » au « c’est raté », dis le à voix haute « c’est mon cerveau qui joue au tout ou rien ». Ca suffit parfois à faire dégonfler la pression. ● Avec les personnes qui t’entourent, félicite l’effort fourni même si le résultat n’est pas à la hauteur de tes attentes ! Et surtout, c’est en se permettant de n’être pas à 100 % que l’on se permet de monter les échelons et d’y arriver plus près !   Rachel Bensoussan Pour prendre rendez-vous : https://www.doctolib.fr/psychologue/charenton-le-pont/rachel-mimran-bensoussan  

Quand trop de choix tue le choix …

Quand trop de choix tue le choix … 22/05/2025 Avez-vous déjà ressenti cet épuisement devant le rayon gel douche d’un grand hypermarché quand vous essayez de choisir la meilleure composition, contenance, le meilleur rapport qualité prix, et ce petit regret quand enfin vous quittez le rayon et qu’une petite voix vous souffle insidieusement qu’il y a surement certaines bouteilles qui ont encore échappé à votre regard averti ? Ou tout autre situation semblable devant le nouveau vêtement que vous souhaitez vous offrir, le menu du diner de ce soir, les options professionnelles qui s’offrent à vous ou même devant le choix d’une carrière face aux nombreuses possibilités ? Vous êtes vous déjà fait la réflexion que vous aurez passé moins de temps et que vous aurez laissé moins d’énergie à la petite supérette où il n’y aurait eu qu’un gel douche (le dernier en plus !), dans une autre vie où vous n’aurez qu’une seule et unique compétence- et où la voie vous aurait été toute tracée ? Lors d’une expérience menée en 2000, appelée l’« expérience des pots de confiture », deux stands ont été installés dans deux hypermarchés : l’un comportant 6 types pots de confiture, l’autre 24. Sans trop de surprise, les gens se sont plus arrêtés devant le stand à 24 pots, mais sont globalement repartis les mains vides, tandis que beaucoup plus de personnes ont finalement acheté une confiture auprès du stand à 6 pots. Ainsi, le choix nous paralyserait plus qu’il ne nous propulserait. Avec les progrès sociologiques, technologiques et économiques, nous sommes submergés de possibilités dans tous les domaines, depuis les produits de consommation jusqu’aux quantités de connaissances et d’informations disponibles. Cependant, plus les options sont nombreuses, moins il y a des chances que nous avancions en fin de compte. Ceci s’explique en partie par ce qu’on appelle le biais de statu quo : ce terme désigne la tendance à ne rien choisir et ne rien changer par peur de regretter. En d’autres termes, nous avons peur d’un inconnu potentiellement moins avantageux et préférons rester dans notre zone de confort, même si celle-ci n’est pas toujours… si confortable. Pour couronner le tout, le regret anticipé nus conduit à nous complaire dans cette réalité par peur de regretter ce choix plus tard. Et en pratique ? • Des études ont démontré qu’avec du recul, les gens ont tendance à regretter davantage ce qu’ils n’ont pas essayé que les erreurs qu’ils ont faites. Lors d’une prise de choix, dites-vous que vous avez le droit à l’erreur, que celle-ci est rattrapable plus tard et que vous avez toute la vie pour tenter les options auxquelles vous avez renoncé pour le moment. • Mettre par écrit les options, dans le cas de grandes décisions à prendre, peut aider à clarifier l’esprit. Prenez une feuille de papier, notez les différentes options, éliminez les plus faciles, et comparez ensuite, toujours à l’écrit, les avantages et inconvénients de chacune d’entre elles. • Rappelez-vous qu’il est normal de ne pas pouvoir garder toutes les options et que cela est tout à fait acceptable. Le renoncement, aussi difficile soit-il, est le signe que l’on avance. Après avoir renoncé à une possibilité, gardez en tête qu’il est tout aussi valorisant d’assumer la possibilité choisie ! • Enfin, soyez indulgent envers vous-même. Si vous avez finalement choisi un gel douche quelconque (et non le meilleur du rayon), si vous avez décidé d’un menu non concluant pour le diner ou encore si vous avez finalement pris une robe et qu’une voix vous susurre que ce n’est pas la bonne, détendez-vous et accordez-vous la possibilité de ne pas toujours faire les meilleurs choix. Détendez-vous et profitez d’une sérénité qui vaudra largement les meilleurs produits ! Rachel Bensoussan

Etes-vous sûr que l’habit ne fait pas le moine ?

Etes-vous sûr que l’habit ne fait pas le moine ? Ou l’enclothed cognition 27/03/2025 Oui, certes l’habit ne fait pas le moine. Ou ce que l’on porte ne dira jamais TOUT de ce que l’on est. Ce légendaire proverbe nous met en garde contre ce phénomène que notre cerveau aime bien mettre en œuvre : la simplification. Comme il est plus aisé de ranger une personne dans la catégorie des autres personnes portant le même type de vêtement qu’elle et de lui attribuer tous les points communs de cette catégorie, nous avons tendance à simplifier ainsi notre perception des gens qui nous entourent. Et ce, plutôt que de nous fatiguer à créer une nouvelle catégorie seulement pour la nouvelle personne. Cela dit, et ce que l’on ignore peut-être plus, c’est que l’habit que l’on porte peut avoir un effet non négligeable sur notre cognition, nos pensée et nos comportements. Oui, aussi fou que cela puisse paraitre, porter une robe d’avocat pourrait entrainer un meilleur talent en argumentation et en défense, porter un uniforme policier renforcerait la capacité à maintenir l’ordre, la discipline, voire même une prise de décision rapide ! Au niveau physique également, les expériences ont même montré que les personnes portant des vêtements de sports performaient mieux lors d’épreuves sportives. Même des capacités cognitives tel un haut niveau d’attention pourrait être impactées par le simple port d’une blouse blanche, associée à l’exigence de la profession de médecin. Mais ce qui est encore plus impressionnant encore, c’est que cet impact est lié à un état d’esprit provoqué par le vêtement. L’expérience d’Adam et Galinsky (2012) a montré que quand les participants portaient une blouse blanche, associée au domaine médical et à un état d’esprit pointilleux, on observait chez les participants une meilleure attention. En revanche, lorsque la même blouse était portée mais définie comme une blouse de peintre, les participants ne présentaient plus ce score élevé d’attention. Ce qui expliquerait que la conscience de porter un vêtement particulier impacterait à la fois nos comportements, nos attitudes, nos capacités cognitives et physiques, tout cela par le simple biais d’une perception de soi modifiée ! Ces études sur l’impact du vêtement peuvent drainer deux conclusions, tout aussi constructives l’une que l’autre : Tout d’abord, l’importance du choix de son vêtement. Au-delà du fait qu’il soit le médiateur entre celui qui le porte et son entourage, il peut véritablement influencer l’individu dans son sens. Un vêtement élégant conduirait ainsi à agir de manière plus convenable qu’un vêtement casuel ou négligé. Ensuite, l’impact d’une simple perception de soi dans le miroir. Avoir seulement conscience de porter un vêtement associé à un groupe social en particulier peut modifier nos attitudes, voir nos valeurs et nos capacités. Et en pratique, comment exploiter cet enclothed cogition ? Avoir conscience de l’impact des vêtements peut aider au choix des vêtements. Privilégier des vêtements qui mettent en valeur ou qui sont associés à certaines capacités peut aider à se sentir mieux dans sa peau. Par exemple, porter un costume pour se rendre à un entretien d’embauche, des vêtements formels pour une rencontre importante, etc. Le vêtement joue également un grand rôle dans le sentiment d’appartenance à un groupe social. Par exemple, les uniformes scolaires créent souvent une cohésion entre les élèves, qui peuvent se reconnaitre même à l’extérieur de l’école et ressentir une certaine solidarité inconsciente vers les membres portant cet uniforme. S’intégrer dans une nouvelle culture peut également passer par le vêtement. Celui-ci peut être choisi comme un marqueur d’une volonté d’intégration ou au contraire témoigner de l’attachement à son ancienne appartenance. Le vêtement peut nous aider à comprendre notre entourage : en général, les personnes s’habillent avec le style du groupe auquel elles aimeraient appartenir, cela peut nous en dire long sur les aspirations d’une personne (toujours en gardant à l’esprit que le vêtement ne dit pas TOUT…) Les couleurs des vêtements peuvent impacter le moral : des couleurs vives ou claires peuvent par exemple véhiculer plus de légèreté. Conscientiser la valeur d’un type de vêtement peut aider à atteindre l’effet souhaité : par exemple, m’habiller avec pudeur est associé à de la noblesse ou à quelque chose de négatif ? Me vêtir d’une certaine manière ne suffit pas, encore faut-il accorder à ce vêtement sa signification.   Pour conclure, le vêtement prend énormément de place dans la société. Il raconte une partie de notre personnalité et de notre histoire en même temps qu’il y contribue.   Rachel Bensoussan

La dissonance cognitive ou comment mettre à profit nos incohérences

La dissonance cognitive OU comment mettre à profit nos incohérences… 26/02/2025 Il n’y a rien de plus fascinant que le cerveau humain.  Ses fonctions infinies, son rôle quasiment impossible à reproduire malgré les avancées de la science, ses 86 milliards de neurones jouant une permanente partition. Mais ce qui est encore plus fascinant et qui nous distingue encore des machines et de l’intelligence artificielle, ce sont ses charmantes « imperfections », son humanité, jamais totalement rationnelle, qui nous empêchent d’être de bons logiciens et de parfaits observateurs. En tant qu’humains, aussi perfectionnée soit notre machine, jamais elle ne sera qu’une machine et elle ne pourra mettre de côté nos croyances, nos préférences, notre histoire de vie, notre fidélité à certaines valeurs, nos peurs… Et la liste est encore longue.  Parmi les différents mécanismes « typiquement humains » de notre machine psychique, il en est un, célèbre, qui mérite notre attention. Théorisé en 1947 par Léon Festinger, il met en relief notre profond besoin de cohérence et d’alignement intérieur. Nous sommes certes des êtres irrationnels, contradictoires, mais dans le même temps nous aspirons à la cohérence intérieure. Encore une contradiction si typiquement humaine… Quand il existe un décalage entre nos croyances, nos pensées et nos comportements, un inconfort psychologique se crée. Vous l’avez peut-être reconnue ; il s’agit de la dissonance cognitive.  Image par m63mueller de Pixabay Image par WOKANDAPIX de Pixabay En bref, nous ne supportons pas de dissonance ou de décalage entre nos croyances et nos comportements. Mentir serait donc psychologiquement très difficile ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les espions passent de solides tests pour prouver qu’ils peuvent résister à cet inconfort psychologique, et qu’ils ne retourneront pas leur veste… Ce qui est plus intéressant encore, ce sont les solutions que nous mettons inconsciemment en place (car nous mettons toujours des solutions en place, qu’elles soient efficaces ou non, souvent sans même nous en rendre compte). Et c’est là que cela devient intéressant : ➖ Quand nous pouvons le faire, nous ajustons nos comportements à nos croyances (ex : nous savons que fumer est dangereux pour la santé donc nous ne fumons pas)  ➖ Parfois, les comportements précèdent nos croyances, et les dominent. Du coup nous finissons par… ajuster nos croyances à nos comportements. (Ex : je ne peux pas m’empêcher de fumer donc je me dis que ce n’est pas si grave…)  Le deuxième mécanisme est intéressant car, une fois conscientisé, peut être utilisé et mis à profit. Une expérience célèbre a réuni des participants autour d’une activité. Une partie d’entre eux a pu venir gratuitement, tandis qu’on a exigé des autres de la payer avec des travaux d’intérêt général. Il s’avérait que l’activité était particulièrement ennuyeuse. Par la suite, quand ils furent interrogés sur leur réel ressenti de cette activité, ceux qui avaient assisté  gratuitement répondaient que la tâche était ennuyeuse, tandis que ceux qui s’étaient investis auparavant la trouvaient intéressante. En réalité, ceux qui avaient fourni les travaux d’intérêt général avaient du mal avec cet écart entre leur investissement et la réalité (le manque d’intérêt de la tâche) ; ils ont donc réduit la dissonance (cet écart inconfortable) en changeant complètement le contenu de leur pensée. En revanche, ceux qui avaient assisté gratuitement n’avait pas de dissonance car ils n’avaient rien payé pour leur activité.  Ceci nous arrive dans d’innombrables situations de notre vie, sans même que nous nous en rendions compte. Ce puissant mécanisme du cerveau, qui peut nous amener inconsciemment à changer nos ressentis, opinions, valeurs et idées peut être utilisé dans de multiples domaines.  Et en pratique ? Voici quelques exemples de leviers puissants qui utilisent la dissonance cognitive dans notre vie quotidienne  Image par Freepik  ➖ En cas de baisse de moral, sourire peut nous amener à nous sentir réellement plus joyeux. Sans compter que celui-ci, intercepté par autrui peut nous être rendu et entrainer un merveilleux cercle vertueux. Et ne parlons pas de l’aspect neurologique où le cerveau capte les muscles de notre visage en train de sourire et déclenche les zones responsables des émotions positives, en émettant de la sérotonine et de la dopamine, deux responsables de bien-être ! ➖ Toujours dans la même idée, dire des phrases encourageantes du type « je vais y arriver », « tout va bien se passer », « je suis une super maman/employée…. (à décliner à l’infini) » peut nous amener à vraiment y croire ! ➖ En cas de « flemme » ou de procrastination, simplement se lever pour faire une tâche ordinaire et minime transmettra le message que vous êtes dans l’action et capable d’agir, même pour des tâches plus difficiles ! ➖L’« effet placebo des émotions » : se programmer le matin en se disant que je vais passer une belle journée, que j’ai de la chance, que je suis bien dans ma vie peu importe ses aléas programme automatiquement le cerveau sur un mode plus positif, et l’amène à nous faire ressentir effectivement ce bien-être ! ➖« Donner pour aimer », lorsque l’on commence à s’investir pour une personne, la correction de cet écart entre notre comportement et notre sentiment existant va provoquer de l’amour ! Très utile pour corriger parfois nos à priori sur certaines personnes de notre entourage … ➖ Au niveau spirituel également, nos sages, profondément psychologues, nous enseignaient déjà « mitokh chelolichma ba lichma  (de l’action non désintéressée vient l’action désintéressée) », ou encore « Aharé Hapeoulot nimchakhim halevavot (après les actes suivent les cœurs). C’est-à-dire que même si le cœur, la pensée et l’intention ne sont pas encore présents, on peut commencer par l’action, par la mitsva. Les cœurs suivront, les kavanot seront entrainées par ces actions. ➖Si on souhaite prendre sur soi une nouvelle résolution, l’annoncer à quelqu’un peut également nous amener à réussir. Cet engagement supplémentaire rendrait encore plus difficile un écart entre la résolution et le fait de ne pas la tenir.  En conclusion, la dissonance cognitive, certes nous interpelle sur nos incohérences et notre incapacité à observer le monde de manière objective. Mais elle peut également être utilisée pour avancer progressivement. En commençant par des comportements bien choisis, les contenus psychiques positifs seront automatiquement entrainés ! Rachel Bensoussan https://www.doctolib.fr/psychologue/charenton-le-pont/rachel-mimran-bensoussan https://www.psychologue.net/cabinets/rachel-mimran-bensoussan Image d’entête par Freepik Retour